vendredi 28 août 2015

Mon Paris-Brest Paris 2015 : de Brest à Paris

Trois heures de sommeil, ou plutôt de repos à Brest, la position en chien de fusil, en équilibre sur deux chaises, n'est pas facile à tenir, aussi dès que je bouge un peu, je me réveille. Je cherche une autre position, je me rendors et je me réveille peu après... Pourtant quand je me décide à me lever, vers 6H00, je me sens reposer. La fesse gauche me fait un peu mal mais je sais que ce n'est pas cela qui va m'arrêter dans mon retour vers Paris.
Pour le petit déjeuner, le restaurant du lycée brestois est calme. Je peux manger ma demie baguette et boire mon café noir tranquillement. Et puis, le jour arrivant doucement, je reprends ma route vers l'est. je traverse Landerneau en compagnie d'un cycliste qui se rend au travail et qui nous envie de participer à cette aventure.
Peu avant Sizun, je retrouve le flot des cyclistes en route vers Brest.
Egoïstement, cela me réconforte un peu de voir tout ce monde derrière moi. Cela prouve que j'ai de la marge.
Dans la montée vers le Roc Trézével, ma chute de la veille se rappelle à mon bon souvenir.
Après quelques tours de pédales en danseuse, ma cuisse gauche devient douloureuse et je suis obligé de me rasseoir.
Je décide alors d'utiliser un petit braquet pour gravir les côtes qui vont se succéder tout au long de la journée, sans me soucier de tous les cyclos qui vont me doubler, seuls ou en groupes.
Je gravis ainsi tranquillement cette longue côte qui me ramène au fameux Roc que domine ce pylône de télévision du Roc Trédudon qui fut détruit en 1974 par un attentat du  FLB (Front de Libération de la Bretagne), je crois.
Mais aujourd'hui, pas question pour moi de placer des mines ou de dynamiter le peloton, j'aimerais bien coucher à Fougères ce soir (ou cette nuit) en avançant doucement mais sûrement.
Si à l'aller, nous avons pris la jolie route de Poullaouen et Huelgoat, au retour, nous empruntons une grande route qui nous évite un "tourne à gauche" dangereux. Ici, je quitte ma tenue de nuit pour un équipement plus estival. Et encore de nombreux cyclos tracent leur route.
J'arrive à Carhaix à 11H18, j'ai mis 4h18mn pour parcourir les 85 kilomètres séparant Brest de Carhaix.
Je me contente de pointer mon carnet de route et je repars rapidement vers Loudéac.
Les cylos venant de Paris se font de plus en plus rares mais j'en croiserai encore à l'entrée de Loudéac.
A Corlay, je prends le temps de photographier le château. A l'aller, j'étais dans un groupe qui roulait bien et que je n'avais pas voulu abandonner.
Les fans sont toujours au bord de la route pour nous encourager.
Le fléchage est toujours impeccable, le retour vers Paris est clairement indiqué par un panneau orange quand une croix rose sur fond vert indique les routes à ne pas prendre. Les baliseurs ont remarquablement bien fait leur travail : merci à eux. 
Arrivé à Loudéac, ce mardi après-midi, à 15H50, j'échappe encore une fois à la foule. Je sais que le plus difficile est derrière moi, aussi décidai-je de prendre le temps d'un bon repas. De nombreux  bénévoles profitent également de l'accalmie pour se restaurer mais ceux avec qui je partage le repas sont sous le choc après l'annonce du décès d'un cyclo loudéacien sur la route du PBP.
Et c'est dans cette ambiance morose que je quitte les Côtes d'Armor...
Non sans m'être arrêté à La Chèze, quelques kilomètres après Loudéac, pour écouter deux sonneurs bretons. Ce sont les seuls que je verrai cette année. Je profite aussi de cet arrêt pour une visite à la pharmacie.( Non, non, je n'ai pas besoin d'EPO ou autre produit stimulant, je me contente d'une petite bière à chaque contrôle, ou presque.) J'achète ici une couverture de survie n'en ayant pas trouvé avant mon départ et ayant choisi, comme un âne, de ne pas prendre de duvet... Me voilà prêt pour affronter une troisième nuit, quels que soient les auspices sous lesquelles elle se présente !
De Loudéac à Tinténiac, la route est moins accidentée et il m'arrive de rouler en groupe. Je commence aussi à croiser des cyclos qui roulent sur le même rythme que moi comme les deux "collègues" de AC Banlieue Est. Sur la photo, il s'agit d'un tandem mixte japonais.
Certains cyclos choisissent de sacrifier au folklore de PBP. Combien de clichés de ces cyclos couchés sur le bord de la route ne voyons-nous pas sur les reportages consacrés à la Grande Randonnée ? Mais ceci est-il bien prudent, surtout quand un petit bois, une belle prairie peut accueillir en toute sécurité et dans un calme bucolique le cyclo fourbu ?
Par contre, les points de ravitaillement "spontanés" sont toujours bienvenus et cela fait plaisir de voir tous ces sourires.
Certains spectateurs savent quant à eux se placer aux endroits stratégiques comme ces "deudeuchistes" qui nous encouragent dans la côte après la Trinité Porhoët.
La prudence reste toujours de mise, ce qui est plus facile seul que lorsque l'on est dans un groupe, surtout à l'aller où le code de la route n'est pas toujours respecté par de grands groupes de cyclistes pressés d'arriver à Brest.
Il n'y a pas, heureusement, que les spectateurs qui sont souriants.
Je m'approche doucement mais sûrement de la dure montée vers Bécherel que je ferai cette année de jour.
En 2007, sous le déluge, j'étais monté vers le pylône de la cité du livre en chantant, en criant la rengaine du petit Pablo : "Pourquoi donc ? Parce que donc..." 
Je ne résiste pas au plaisir de reproduire un texte publié sur un autre blog en 2009.
« La nuit du mercredi 22 au jeudi 23 août, entre Illifaut et Tinténiac, dans la Bretagne bretonne, la nuit noire de chez noir, vers minuit, une heure du matin. Il pleuvait des "cornes", des grosses "cornes" bien grasses ... La pluie, et la solitude, tout seul sur la route.

Tu t'attends à voir un panneau défraîchi dans la lueur de ta petite lampe qui est vraiment étanche, la preuve par la pluie, un panneau vieux, cassé, tout pourri: "Fin du monde..." Et tout à coup, au loin une lumière rouge, dans le ciel, là-haut. Et tu te dis : "Merde..." Tu te souviens qu' il faut en plus grimper près de ce relais de télévision, près du village de Bécherel (le village du livre, je crois). Mais tu n'as pas intérêt à sortir un livre à c'te heure... Alors tu pédales. Des ombres diluviennes te dépassent. Tu vois les petites lueurs rouges de leurs feux arrière qui s'éloignent... vite, trop vite. Et puis une rengaine arrive à ta bouche:

"Pourquoi donc ? Parce que donc... Pourquoi donc ? parce que donc ..."

Et tu la répètes, tu la murmures d'abord, puis tu la chantes doucement, de plus en plus fort...

"Pourquoi donc ? Parce que donc..."

Et tu chantes à tue-tête...

"Pourquoi donc ? Parce que donc..."

Et tu hurles... Tu vocifères... Tu tempêtes...

Et tu passes à côté de cette saloperie de petite lumière qui te nargue dans le ciel... et tu cries à plein poumons

"Pourquoi donc ? Parce que donc..."

Tu traverses le village et là, comme tu es encore un peu lucide, mouillé mais lucide, tu baisses un peu le ton...

"Pourquoi donc? Parce que donc..."

Des fois qu'ils auraient envie de t'enfermer pour les avoir réveillés, tous les dormeurs de Bécherel, vous savez le village du livre et ... de la pluie qui tombent sur les pauvres randonneurs cyclistes. Elle ne fait pas des claquettes cette pluie, elle te mouille, elle te mouille, elle te mouille!

Et la descente arrive... et tu as froid maintenant, alors tu gueules à nouveau:

"Pourquoi donc ? Parce que donc..."
Une fois, dix fois, vingt fois.

Enfin, tu arrives à Tinténiac... Partout des cyclistes hagards et mouillés. Transis de froid... Si tu avais une voiture suiveuse, un camping-car d'accompagnement, tu sais que tu rentrerais à la maison...
Alors, dans le collège réquisitionné pour ton bien-être, tu sors des sacoches de ton vélo LOOK, jaune et violet, des petits sacs plastiques où tu trouves des habits de rechange, secs. Et tu vas te laver, te sécher, parce que tu as aussi une serviette dans un autre petit sac en plastique. Et tu te changes. Et tu manges une bonne soupe bien chaude. Et tu te trouves un endroit bien calme... sous un escalier où tu te couches, dans ton duvet, sec aussi, le dortoir est complet. Et tu dors une heure ou un peu plus. Mais ton vélo, le LOOK, jaune et violet, avec ses sacoches, son sac de guidon et sa sonnette. Il est resté dehors, sous la flotte, ton vélo, et dans ton demi-sommeil, tu crois l'entendre te murmurer à l'oreille:

"Pourquoi donc ? Parce que donc..."

Tout doucement, parce que, quand même, il ne veut pas te déranger. Ce n'est pas dans ses habitudes...
Quand tu repars, il ne pleut plus. C'est toujours la nuit noire et tu regardes ton vélo et tu lui dis:
"Parce que donc..." C'est beau un vélo, la nuit...... »


Aujourd'hui, je suis plus serein.
Pour m'occuper l'esprit, je recherche ces petits "smileys" qui jalonnent la route depuis... mais au fait, depuis quand les ai-je remarqués ? Qui a pris le temps de nous faire ce petit clin d'oeil ? Bien sympathique en tout cas. Merci.
Après avoir traversé le village de Bécherel, je descends vers Tinténiac, j'y arrive avant 21H00.
Jean-Michel, à l'arrivée du PBP 2015, Photo SQY
J'y retrouve l'ami Jean-Michel, en partance pour Fougères où il compte dormir un peu. Pour ma part, la nuit arrivant, je me pose la question de continuer après un bon repas ou de dormir à Tinténiac où il y a des places au dortoir.
Après mon traditionnel repas de pâtes (On peut remarquer que j'ai remplacé la bière par un Coca : traître à l'industrie houblonesque !), je décide de continuer jusqu'à Fougères. L'étape à venir est courte (54km), ne présente pas de grosses difficultés et il est encore un peu tôt pour se coucher, pas vrai ?
Je parcours cette petite étape en 2H41 et après avoir fait pointer mon carnet de route à 0H19, je me précipite vers la douche. Georges Groussard est toujours présent au bar de ce contrôle malgré l'heure tardive.
J'y retrouve mes compères seine-et-marnais Christophe et Jacky qui m'annoncent qu'ils vont dormir ici aussi.
Malheureusement, comme je m'attarde sous la douche : bon dieu que cela fait du bien de se doucher et de revêtir des vêtements propres, je ne retrouve plus mes deux collègues en sortant.
Peut-être vais-je les retrouver au dortoir où je me rends illico-presto. Mais là, après quelques minutes d'attente, on m'annonce que les chambres sont complètes, il me faudrait attendre 15 à 20 minutes. Attendre... mais je ne me sens pas plus fatigué que ça. Alors je décide d'aller manger et de reprendre la route ! Quand le sommeil arrivera, je trouverai bien un petit endroit au bord de la route pour me rouler dans ma couverture de survie : un abribus, le sas d'une banque, une grange, que sais-je ?La nuit est noire. Pas un seul feu rouge devant moi. Serais-je seul sur cette route qui me fait quitter la Bretagne.
Après une vingtaine de kilomètres, me voici à La Tannière, en Mayenne, lieu incontournable, mythique, pour les concurrents du PBP depuis les années 90. C'est ici en effet, que Monsieur et Madame Rogue accueillent les cyclos, leur offrant boissons et crêpes ainsi que les encouragements bienveillants et bienvenus.
Au milieu de cette sombre nuit, je m'arrête et M. Rogue me propose un... lit. Oui, un vrai lit dans sa maison ! Il est 2H30 environ et je me couche, au chaud, au calme sous une grosse couette dans une chambre à l'étage (Il y a déjà deux cyclistes qui dorment dans le salon !). A 4H00, le propriétaire des lieux vient me réveiller comme je le lui ai demandé. On m'offre même un petit déjeuner. Et c'est reposé et le ventre plein que je repars. Et sur la route, dans le nuit toujours aussi noire, je me surprends à fredonner 'L'Auvergnat" la chanson de Georges Brassens.
Quelques kilomètres plus loin, à Lévaré où je m'étais ravitaillé chez une petite Clara en 2011, je croise le chemin de Julien qui au milieu de cette nuit attend le cyclo affamé, fatigué, démoralisé... pour lui redonner le punch nécessaire pour regagner Paris !
Nous discutons un long moment, un très long moment et c'est presque avec regret que je reprends la route.
Ces deux belles rencontres m'ont "dopé", pas la peine de prendre de produits spéciaux pour cela : il suffit d'un peu de gentillesse et de générosité pour se rendre compte que nous ne vivons pas dans un monde de brutes...
Celui-là n'a pas peur des "brutes" de la route visiblement (Voir plus haut...).
Cette étape que j'appréhendais à cause, entre autres, des quelques tape-cul qui précèdent Villaines la Juhel se termine facilement...
..du côté de Loupfougères par exemple.
A Villaines la Juhel, il y a toujours autant de spectateurs malgré l'heure matinale. En effet, j'arrive ici à 8H50. J'ingurgite un copieux petit déjeuner avant de reprendre la route. Villaines la Juhel, toujours au top du top des contrôles !
Il me reste un peu plus de 200 kilomètres à parcourir en trois  étapes.
Je continue à photographier ceux que l'on peut appeler "les mauvais couchés" (Je n'ai pas rencontré de mauvais coucheurs sur ce PBP.)
Je dois d'abord  rejoindre Mortagne au Perche, situé à 81 km de Villaines. 
Mamers
La route entre Fresnaye sur Sarthe et Mamers est toujours aussi encombrée de camions et, à mon grand regret, je retrouve ce monde de brutes que j'avais oublié la nuit précédente. Peu après, sur les routes du Perche je retrouve un terrain plus accidenté mais plus en accord avec ma façon de faire du vélo, et c'est bien fatigué que j'arrive à Mortagne à 13H55.
Du poulet, du riz, du riz au lait et une bière plus tard, je retrouve un peu d'allant pour affronter les dernières bosses du Perche.
A Longny, une voiture sort d'un stationnement sans avoir vu que j'arrivais. Au panneau "stop" qui suit, au bas de la descente, cet automobiliste oublie son clignotant, il l'oublie aussi 50 mètres plus loin. Ce que je fais remarquer à trois petites dames assises sur un banc :
"On les reconnait les Parisiens, il n'ont pas de clignotants sur leur voiture."
Remarque guillerette qui fait sourire les trois dames. Quel humour, n'est-ce pas ?
Mais le concurrent allemand qui me double à cet instant, m'interpelle. Il n'a pas l'air content le Teuton. Peut-être croit-il que je lui ai fait une remarque désobligeante ? C'est vrai qu'il m'a dépassé par la droite. Mais bon, je n'ai rien contre ce jeune homme. Il ralentit, me demande : "What ?"
Dans un souci d'apaisement et avec mon plus beau sourire, j'essaie de lui expliquer dans mon Anglais à deux sous :
"The car forgets "Clic-Clic". "
"What's "Clic-Clic" ? me demande-t-il, l'air pas commode du tout."
Toujours très pédagogue, j'essaie d'être plus précis, je lui montre mon vélo et je lui dis : "Car." Avec ma main droite, je lui mime le clignotant droit : "Clic-clic." Je ne dis pas "Pouët-Pouët" car, il n'est pas question de klaxon mais de clignotant.
Puis, avec ma main gauche, je lui mime le clignotant gauche : "Clic-Clic".
Mais lui de continuer : "What's "Clic-Clic" ? "What's "Clic-Clic" ?
Je me demande si "Clic-Clic" n'est pas une injure et je lui souris de mon sourire le plus stupide sans doute, un sourire à la Garcimore, un peu. Et là secouant la tête, il choisit de continuer son chemin, accélérant son allure, continuant de répéter : "What's "Clic-Clic" ?"
Il faudrait peut-être que je me mette sérieusement à l'Anglais...
Quittant le Perche, je roule maintenant vent dans le dos. Après un petit ravitaillement offert par club cycliste local, je me joins à un petit groupe composé entre autres de deux cyclos de Montigny le Bretonneux qui roulent très forts. Cela fait du bien, comme en 2011  de faire une belle partie de manivelles sur la plaine : pour la première fois depuis le départ, je mets le grand plateau.
J'arrive à Dreux à 18H00. L'arrêt est de courte durée, juste le temps d'avaler deux barquettes de riz au lait. Avec le vent dans le dos, je peux encore espérer rentrer au Vélodrome national avant la nuit.
Pourtant comme je rejoins un gros peloton quelques kilomètres après Dreux, je choisis d'accompagner un cyclo qui porte une minerve au cou et qui semble mal en point, son champ visuel étant fort réduit. J'essaie de lui servir de poisson pilote durant les 45 kilomètres qu'il reste à parcourir. Et c'est ainsi qu'accompagné de ce cyclo de Haute Marne, de deux cyclos Finistériens, d'un Italien et d'un cyclo d'Ille et Vilaine que j'arrive à Saint Quentin en Yvelines à 21H26. Laurence m'y attendais depuis le milieu de l'après-midi.
C'est avec plaisir que je fais valider mon carnet de route par l'ami Marc qui, finalement, aura participé à  ce PBP 2015 de l'autre côté du miroir.
Pour ma part, après une douche, encore bienvenue, il me faut regagner la Seine et Marne. Le coup de barre, le coup de mou, le gros coup de fatigue arrivera à la maison. Pour terminer, il me faut citer ce passage de l'éditorial de la remarquable revue "200" du mois de juillet :
"...Paris-Brest-Paris sera notre grande aventure de l'été. Elle doit être l'une des seules qui ne s'achètent pas : elle se gagne. C'est bien."

jeudi 27 août 2015

Mon Paris-Brest-Paris : Vive les bénévoles !

Avant de continuer le récit de mon PBP 2015, je ne résiste pas au plaisir de publier cette photo de Jean-Philippe qui montre la joie avec laquelle nous avons rempli notre tache de bénévole sur cette belle épreuve.
Vive les Lavallois et la Mayenne qui a su si bien accueillir le PBP 2015 !

dimanche 23 août 2015

Mon Paris-Brest Paris 2015 : de Paris à Brest

Arrivé à Saint Quentin en Yvelines peu avant 16H00 ce dimanche, j'avais 1H30 pour gagner mon sas de départ.
Aussi est-ce bien tranquillement que j'ai préparé mon vélo pour la longue randonnée qui nous attend, lui et moi.
Après que Laurence m'eut laissé, je me suis approché tranquillement du vélodrome où les départs des premiers partants avaient déjà commencé.
J'ai même pris le temps de faire une petite sieste dans l'herbe et de casser une petite croûte avant de m'approcher de la ligne de départ.
Ligne de départ où j'ai retrouvé Jacky avec qui j'ai roulé durant le brevet de 600 km.
Une fois la petite arche jaune franchie, ce sera parti pour cette nouvelle aventure de 1200 et quelques kilomètres.
Cette année, avant la nuit, j'aurai le temps de profiter du paysage francilien mais comme d'habitude je trouve que ça roule un peu trop vite , alors, je laisse filer ! La route est longue jusqu'à Brest. Je sais, d'expérience, qu'il ne faut pas céder à l'euphorie et dès que mon compteur passe les 30 km/h sur le plat, je lève le pied.
C'est un plaisir de voir, ici aussi, tous ces spectateurs qui nous encouragent sur le bord de la route.
Et l'on retrouve toujours les mêmes cyclos sur leur drôle de machine.
Lors d'une pause-pipi, je prends même le temps d'une séance photo. Je ne m'appelle pas Maindru, pourtant.







Cet arrêt me fait du bien et je repars tranquillement. Moi dont la plaque commence par la lettre G, je vois arriver des vélos garnis de plaques H, K, et même L. Des gens qui sont partis 15, 30 et même 45 minutes après moi me rattrapent déjà avant la nuit !
Le folklore du PBP est toujours présent. Beaucoup affirme leur nationalité. Que la fête continue !
J'avoue que ce départ diurne est bien plus agréable que mes précédents départs nocturnes.
Avant la nuit, un certain nombre de cyclos s'arrête pour une première pause et un premier casse-croûte. Ce sera mon cas quelques kilomètres plus loin et je sortirai de la sacoche un petit en-cas qui devrait permettre de garder de l'énergie jusqu'à Mortagne au Perche. J'en sortirai également un maillot à manches longues et des jambières car cette première nuit promet d'être fraîche.
J'arrive à Mortagne au Perche à 23H05, j'ai parcouru 140 kilomètres, pas de contrôle ici à l'aller, mais je prends le temps de m'y arrêter pour déguster mon premier plat de pâtes de ce PBP. L'endroit est calme et l'on y resterait bien pour un petit somme. Mais la route est longue encore et après 35 minutes d'arrêt, je repars non sans avoir au préalable remis mon compteur à 0. Ce qui fait que je pars pour une étape de 81 kilomètres vers Villaines la Juhel et non pour un long périple vers Brest ou Paris. A chaque étape, je ferai de même, après avoir noté mon temps de route et ma moyenne, je remettrai mon petit compteur à 0.
A 3H21, le lundi 17 août, je pointe à Villaines la Juhel.
J'ai parcouru les 81 km depuis Mortagne en 3H30. L'accueil y est toujours aussi chaleureux. Pourtant devant la queue qui s'aligne devant le bar, je choisis de continuer ma route vers Fougères après avoir rempli mes bidons et déguster les succulentes madeleines qui restent encore dans ma sacoche.
Je roule tranquillement dans différents petits groupes.
Nous traversons des villages mayennais endormis, tous décorés à notre gloire... enfin presque. 
En effet, le Tour de France est passé sur ces routes en juillet dernier et les décorations ont été conservées un mois de plus. Les "VIVE le TOUR" ont été remplacés par "VIVE Paris Brest Paris". C'est bien sympathique tout ça, on a un peu l'impression d'être des "forçats de la route", cette impression se confirmera pour beaucoup d'entre nous sur le chemin du retour. Pour l'instant, la plupart d'entre nous roule encore "la fleur au fusil".
Et déjà, nous voici en Bretagne : le drapeau "Gwen ha du" claque au vent qui nous aura un peu, un tout petit peu gêné cette nuit.
Comme sur cette photo, de petits panneaux ont été rajoutés pour encourager les participants locaux : "Bravo Roger, Fifi et Mauricette" ; "Vas-Papy Lulu et tous les autres".  Vive le vélo !
A 7H40, je pointe à Fougères. Je viens de parcourir les 89km depuis Villaines en 3H40.
Je vais ici prendre un petit déjeuner, bien mérité. Sur le tee-shirt de ce monsieur, je remarque l'étiquette portant son nom : Georges Groussard.
Mais bon sang, mais c'est bien sûr : Georges Groussard, coureur cycliste professionnel dans l'équipe "Pelforth, Sauvage, Lejeune" dans les années 1960, avec entre autres son frère Joseph, André Foucher ou Henry Anglade.
Georges Groussard, deuxième du championnat de France 1964 derrière Jean Stablinski sur les bords de l'Aulne, à Chateaulin.
Mais surtout, Georges Groussard, fut maillot jaune durant le Tour de France 1964. Maillot jaune qu'il ravit à Rudy Altig à l'issue de l'étape Thonon les Bains - Briançon , remportée par Bahamontès.
Georges Groussard surnommé "Le petit coq de Fougères" par Blondin dans sa chronique du 30 juin 1964 intitulé "Le gratin dauphinois". Je cite : 
"... et le jaune, préalablement réservé au début de notre préparation, enrobait comme une pochette surprise un jeune Groussard, sorte de petit coq de Fougères, à la fois tendre et coriace, véritable émincé de leader."
Le lendemain, Blondin récidivait en donnant une fable mettant en scène Groussard, le canari, et Bahamontès, l'aigle.
Georges Groussard, contre tout pronostic, garda sa tunique d'or durant la traversée des Pyrénées et ne la céda à Jacques Anquetil que quelques jours seulement avant l'arrivée à Paris, juste avant le fameux duel Anquetil- Poulidor sur les pentes du Puy de Dôme. Il termina d'ailleurs cinquième de ce Tour 1964.
Monsieur Georges Groussard m'a servi mon petit déjeuner, je lui ai serré la main et demandé la permission de le prendre en photo. Qui d'autre a salué l'ancien champion à Fougères parmi les dizaines, les centaines de bénévoles de ce PBP 2015 ?
Le vélo est décidément une grande famille.
A Fougères, j'ai également retrouvé l'ami Yves qui était parti un quart d'heure avant moi de Paris. Il était arrivé avant moi malgré deux crevaisons. Nous décidâmes de faire route ensemble.
L'étape qui nous mène vers Tinténiac est la plus courte (54 km) et sans doute la plus facile . Et c'est à une allure Audax que nous la parcourons.
Les spectateurs sont toujours aussi nombreux et contrairement au Tour de France, pas du tout frustrés : au PBP, on attend quelques secondes et on voit passer des cyclistes pendant des heures. Pour le Tour, c'est le contraire. On peut même les toucher et il y en a même qui s'arrêtent pour discuter, manger un morceau, boire un coup ou se reposer.
A Tinténiac, nous arrivons à 10H37, nous avons parcouru 54 km en moins de 2H30. L'affluence étant faible, nous avalons un plat de pâtes et je déguste même la bière qui me fait tant envie depuis le milieu de la nuit : on n'est pas des bêtes...
Jacky, qui avait pris le départ avec moi, nous rejoint et quelques kilomètres après notre départ de Tinténiac, Christophe qui avait réalisé une grande partie du BRM 600 avec moi se joint à nous. 
PHOTO JM Richefort - FFCT
Me voici donc dans un petit groupe de bonne compagnie et après avoir gravi tranquillement la bosse de Bécherel, nous continuons vers Loudéac par une route que je sais agréable à rouler, les vraies difficultés arrivant après Loudéac.
Dans une descente avant Médréac, nous doublons à grande vitesse un tracteur chargé de paille. Et, merdre alors, en arrivant dans ce village, nous nous rendons compte qu'Yves ne fait plus partie de notre petit peloton doubleur de tracteur. Nous décidons de ralentir pour l'attendre. Mais après quelques kilomètres, point d'Yves à l'horizon. Je décide alors d'abandonner Jacky et Christophe pour partir à la recherche de mon collègue Acépiste. Je remonte alors le flot des cyclos en route pour Brest. Au pied de la descente où nous avons doublé le tracteur, je suis toujours sans nouvelles de mon compère. La mort dans l'âme, je reprends le chemin de Brest.
A Saint Méen le Grand, un hommage est rendu à Théodore Botrel et non à Louison Bobet.
Sur le bord de la route, les Bretons accueillent les cyclos du monde entier.
D'autres pique-niquent au bord de la route. Ici le pique-nique peut durer deux jours !
Contrairement à l'habitude, l'affluence est faible à Loudéac. J'y pointe à 15H24, je viens de parcourir 92 km en 3H58.
Je choisis de faire une grande pause ici, espérant que l'ami Yves me rejoindra. Je retrouve au restaurant Catherine et Gérard de l'ACP qui supervisent en voiture ce tronçon du parcours. Ils me racontent les mésaventures d'Yves.
Juste avant que nous ne doublions le tracteur, Yves avait crevé une nouvelle fois mais n'avait pas eu le temps de nous prévenir. dans ma remontée vers Paris, je l'avais donc raté de quelques centaines de mètres car il s'était installé dans une entrée de champ pour réparer.
En 2011, nous nous étions perdus dans la nuit après Mortagne et cette année, c'est par une belle matinée d'été que nous nous sommes séparés.
Ici à Loudéac, je le croise, dépité, (trois crevaisons déjà !) comme il arrive dans le parc à vélo. Il me demande de ne pas l'attendre car il a trop de retard et a prévu de dormir à Carhaix plutôt qu'à Brest.
Me voici donc à nouveau seul sur la route. Et la route s'annonce difficile pour les 4 étapes à venir !
A la sortie de Loudéac, je croise le premier concurrent de ce PBP, en route, déjà, vers Paris. Normal qu'il aille plus vite que moi, il descend, à fond les ballons ! Et moi je grimpe, la même rude côte, sur mon misérable développement de 40X30...
Quelques kilomètres plus loin, je croise un peloton d'une trentaine d'unités lancé à sa poursuite : jamais ils ne rattraperont l'Allemand volant !
Enfin seul, je ne le suis pas vraiment. Il y a toujours un groupe qui vous rattrape, des cyclos que l'on rejoint. Certains vont trop vite, d'autres trop lentement. Et puis, il y a ceux qui roulent... comme il faut. Et c'est ainsi qu'après la dure, dure, dure  montée vers Merléac, je roule dans un petit groupe sympa composé majoritairement de Bretons. Pendant quelques kilomètres, avec un cyclo de Landerneau,  nous discutons  de Bernard Hinault (nous sommes sur ses terres d'entrainemenent), des cyclosportives bretonnes (La Pierre Le Bigault, la Ronan Pensec ou la Bernard Hinault justement), de la Polynésie ou encore de la difficulté parfois de conjuguer sa passion du vélo et sa vie de famille. 
Et puis aux environs du contrôle secret de Saint Nicolas du Pélem, nous nous séparons.
Peu après et presque jusqu'à Carhaix, je roule en compagnie d'un Rémois avec qui j'ai fait les BRM 200, 300 et 400 de Château Thierry. Nous roulons régulièrement et un petit peloton d'une dizaine de cyclos s'est formé à notre suite. Quand il me quitte car j'ai une petite envie de m'arrêter, je me retrouve seul à la tête de ce peloton. Et bien vite je me rends compte que personne ne souhaite me relayer. J'avais déjà remarqué ce manque de solidarité de certains cyclos en 2011... Alors, je m'arrête aux alentours de Maël Carhaix pour une petite pause-pipi car il vaut mieux s'arrêter dans la nature que d'utiliser les WC des contrôles... à mon avis.
J'arrive à Carhaix Plouguer à 20H16. Je viens de parcourir 78 kilomètres en 3H37. Je me sens bien.
Il y a peu de monde encore à ce contrôle et je peux manger tranquillement sans faire de queue. Comme je l'avais prévu dans un coin de ma tête, je vais pouvoir continuer jusqu'à Brest et c'est là-bas que je compte faire mon premier somme de ce PBP.
Il fait encore jour quand je quitte Carhaix à 21H00.  Je m'équipe pour la nuit et allume mes éclairages sauf, pour économiser mes piles, mon grand feu arrière, ce qui fut une grave erreur...
En effet, traversant Huelgoat dans la nuit, je m'avise qu'il faut m'arrêter pour allumer ce feu arrière avant d'arriver sur la grande route qui  mène au Roc Trévézel et à Brest. Je suis pourtant dans un petit groupe qui va son petit bonhomme de chemin mais je me sentirai plus en sécurité si j'allume en plus du petit feu rouge sous ma selle et celui qui brille sur mon casque ce troisième éclairage. Je m'arrête donc au "Stop" avant la fameuse route du Roc et là, c'est la panne, mon cerveau, tout à coup, débranche :
"Comment faire pour descendre du vélo ?" 
Je ne sais plus... après quelques secondes de réflexion (mais est-ce bien le mot ?), je me souviens qu'il faut que je soulève une jambe, ce que je fais et je pars en arrière ! Mes fesses heurtent lourdement le bitume, puis ma tête (Merci mon casque !). Cela me réveille, je me relève rapidement et vois revenir vers moi un cycliste qui m'a entendu crier. Je lui explique ce qui s'est passé. Un autre cyclo m'attend également et ils seront mes anges gardiens durant toute la montée vers le Roc Trévézel. 
Le premier est le cyclo de Landerneau avec qui j'avais bavardé au cours de l'après-midi, dans la descente vers Sizun, nous perdrons de vue, sans doute s'est-il arrêté à Commana. J'aurais tant aimé lui offrir un coup à boire à Brest. 
Le second fera route avec moi jusqu'à l'entrée de Brest quand je m'arrêterai pour ma traditionnelle pause-pipi. C'est un cyclo du Nord, spécialiste du triathlon et qui s'offrait pour ses 50 ans le PBP. Notre discussion après Sizun m'aura permis de me prémunir du sommeil durant ces agréables kilomètres en sa compagnie.
Que tous deux soient ici remerciés pour leur solidarité avec le pauvre cycliste meurtri.
A Brest, l'arrivée au lieu de contrôle se fait dans une nuit noire, les ralentisseurs au milieu des allées du lycée sont des obstacles difficiles à franchir pour le cycliste fatigué. 
Je pointe ici à 2H03. Je viens de parcourir 88 km en 4H39. 
Je suis parti du Vélodrome national depuis 32H30. 
J'ai envie d'une bonne douche et d'une tenue propre car à cette heure, je sens un peu le fennec... et d'un bon lit. Mon premier souhait fut exaucé. Je pus (mais je ne pues plus...) disposer d'une salle de douche bien propre et entièrement à ma disposition. Quel plaisir de pouvoir se laver et se changer tranquillement.
Hélas, en ce qui concerne le couchage, il n'y avait plus de places disponibles. Et comme je n'avais pas pris mon duvet (que je n'oublie jamais d'habitude! Scrogneugneu...) ni de couverture de survie, que faire ?
Heureusement une bénévole m'indiqua que des cyclos dormaient dans une salle mais qu'il n'y avait plus de couverture. Qu'à cela ne tienne, je pris, au milieu de 8 cyclistes endormis, deux vieux fauteuils recouverts de sièges en mousse et m'en fit un lit, inconfortable certes, mais c'était quand même mieux que de me coucher à même le sol. Et j'ai dormi là, sur ces deux chaises, en chien de fusil, trois heures durant.
A suivre...