1959

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jeudi 23 juin 2016

300 bornes... tout seul !

Je pourrais appeler cela un Brevet de Randonneur Perso : un BRP, quelque chose comme un BRM à faire tout seul. Tu choisis le jour, l'heure, le kilométrage, le parcours... A la limite, si tu as la flemme, tu restes au lit... Si tu as envie d'abréger, tu abrèges...
Mais moi, non, chose promise... Et je m'étais promis un 300 bornes pour préparer le "PBP du Massif central" qui m'attend fin juillet, et ça se rapproche, ça se rapproche !
Alors, après le BRP 200 que j'avais fait en mai ( Premier 200 de l'année ), j'ai repris ma longue route le samedi 11 juin, en direction de la Picardie (Je sais, ça n'existe plus, comme l'Union Soviétique ou la Yougoslavie ou la Haute Volta !).
Tiens la Picardie... et Yves Montand.


 "Ils" n'oseront quand même pas chanter les "Roses des Hauts de France" ? Mais pourquoi pas... "Ils" sont capables de tout... "Ils" osent tout... C'est à ça qu'on les reconnait d'ailleurs !
J'aurais pu nommer cette rando "Du bon usage de la LAON-teur" pour paraphraser le titre d'un livre de Pierre Sansot (1928-2005), "philosophe, sociologue et écrivain français" (Je paraphrase Wikipédia, maintenant).
La LAON-teur parce que j'ai décidé de passer à Laon, préfecture de l'Aisne, le 11 juin.
La lenteur parce que je ne roule, dé-fi-ni-ti-ve-ment, pas très vite sur mon vélo.
LAON, je n'y suis jamais allé. Je l'ai aperçu parfois au loin au cours de randonnées vers le Chemin des Dames. 
 LAON, perchée sur un promontoire dont on aperçoit de loin la cathédrale.
LAON que l'on ne prononce pas, surtout pas, j'imagine : LA-ON. On ne dit pas un PA-ON, un TA-ON, un FA-ON. Et pourtant... elle est bien bizarre notre langue. Pourquoi pas notre LAONGUE, d'ailleurs ?
Quant à la lenteur... Au cours d'un déménagement de livres, j'ai retrouvé ce livre de Sansot, "Du bon usage de la lenteur". En effet, au moment de la crue du Grand Morin, j'ai déplacé quelques livres car l'eau était dans la cave et nous, nous sommes plutôt du genre à protéger les livres avant la machine à laver ou le Frigidaire. 
J'avais feuilleté ce livre dont je ne me souvenais plus. Je me souvenais, de cet auteur, du livre "Les gens de peu", livre mémorable, que l'on garde en mémoire.
La lenteur, donc, dans notre monde moderne, d'aujourd'hui, ce n'est pas une qualité. D'ailleurs, ce serait tellement plus rapide et confortable d'aller à LAON en voiture, surtout par un jour de pluie ! D'abord, je n'avais pas de voiture ce week-end, alors ?
Mais non et non, c'est en vélo que j'irai à LAON.
D'autant plus que les titres de certains chapitres du livre de Sansot me parlent : "Flâner" ; "Ecouter" ; "Rêver" ; "Attendre" ; "Ecrire".
 "...la lenteur ne signifie pas l'incapacité d'adopter une cadence plus rapide. Elle se reconnait à la volonté de ne pas brusquer le temps, de ne pas se laisser bousculer par lui..."
Levé à 4 heures du matin, le cycliste, même paresseux comme moi, peut être très matinal. J'ai commencé par avaler un copieux petit déjeuner qui devrait me permettre de tenir le coup, sans fringale, jusqu'au milieu de la matinée. Les cartes sont prêtes, les sacoches sont pleines et le vélo est équipé en mode "Paris-Brest-Paris".
 J'ai remis en service l'éclairage avec la roue à moyeu dynamo et le phare qui va avec. Ce n'est pas très utile aujourd'hui, mais ça fonctionne et c'est bien là l'essentiel. Seul petit souci après seulement 2 kilomètres, il PLEUT. Oh, pas beaucoup, mais suffisamment pour que j'enfile un vêtement de pluie, par précaution, pour l cas où... Et justement, après une vingtaine de kilomètres, ça tombe dru ! Mais d'où vient toute cette eau qui tombe du ciel ?
 Je vais passer deux bonnes heures à pédaler sous, dans la flotte ! Il me viendra même à l'esprit d'abréger ce BRP, de mettre la flèche mais, non, la pluie cesse, le ciel reste triste et sale, alors je continue, après avoir franchi la rivière Marne, je roule vers la rivière Aisne.
 Je suis au pays de La Fontaine, alors par ce petit matin triste, je profite des fontaines. De l'eau, de l'eau, encore de l'eau. Fontaines qui laissent couler une eau non potable, bien sûr.
Fontaines qui ne laissent plus couler d'eau depuis longtemps. Y'en a qui y mettent de la mauvaise volonté, franchement.
Fontaine construite à la mémoire de Quentin Roosevelt dans le village de Chamery, jeune aviateur américain abattu au-dessus de cette petite localité le 14 juillet 1918. Fils du président Théodore Roosevelt, il avait tout juste 20 ans.
J'aperçois également des châteaux dans cette jolie campagne où les voitures sont très rares, le bonheur.
La route est belle, le vent ne souffle que légèrement et je prends le temps d'admirer les paysages qui m'entourent. 
 Doucement mais sûrement, je m'approche de Fismes, faisant ici une petite incursion dans la Marne.
 Ainsi que l'indique d'ailleurs cette vieille pancarte.
Après Fismes, j'emprunte, mais à rebours, le parcours du BRM 300 de Noisiel organisé par l'Audax Club Parisien. Suivant la D987, cela me permet de descendre la bosse de Longueval Barbonval qui surprend toujours plus d'un participant à ce BRM, surtout lorsqu'on l'attaque de nuit. J'en garde un souvenir douloureux dans les mollets !
Je prends ensuite  la direction du Chemin des Dames que je croise : aujourd'hui, ce n'est pas ici que j'ai rendez-vous avec les Poilus de 14-18.
 Quelques kilomètres plus loin, je vais faire ma première pause  qui sera l'occasion de manger un morceau et de visiter la jolie église art déco de Monthenault.
En effet, cette région fut martyrisée en 1917, en particulier, par l'artillerie française qui pilonnait les troupes allemandes qui se trouvaient au nord du Chemin des Dames.
Dans ce petit coin de Picardie, peu de bâtiments restèrent debout ! 
 En 1932, l'église du village fut reconstruite selon les plans de l'architecte Paul Muller (qui réalisa aussi l'église de Martigny Courpierre dont j'ai déjà parlé sur ce blog et qui se trouve à peu de distance.).

J'ai retrouvé cette carte postale représentant l'ancienne église de Monthenault.
Je trouve que le nouveau bâtiment supporte largement la comparaison.
Comme à Martigny Courpierre, les vitraux distribuent dans l'édifice une lumière magnifique. Les couleurs du sol et des fresques murales donnent une atmosphère de joie et de paix à cette église.
Mais il me fallait repartir. La pluie a cessé, je peux donc retirer mon vêtement de pluie. Cela va durer quelques centaines de mètres seulement car bien vite un petit crachin, typiquement breton, se met à tomber.
Au loin, Laon apparait...
J'y suis et ça pleut, ça mouille, doucement mais sûrement.
Après une montée de quelques hectomètres par une belle route à lacets, me voici aux portes de la cité médiévale.
Les pavés luisent, les pavés glissent et comme c'est un sens interdit, je cherche une autre issue.
J'arrive enfin en vue de la cathédrale, sous la pluie qui tombe de plus en plus fort. L'avantage, c'est qu'il y a peu de touristes ni même de riverains.

J'ai l'impression d'être seul à Laon ce samedi matin de juin.
Je tourne un peu dans la ville, comme une âme en peine. Le tourisme ne me tente pas trop. Je sais que je dois quitter ce promontoire par cette direction, là-bas. J'y arrive finalement assez rapidement pour regagner la campagne environnante.
Je pars maintenant vers le département de l'Oise par de petites routes tranquilles.
Cheminant au milieu des champs de betteraves dans de tristes paysages qui font tant pour la mauvaise réputation de ces terres qui peuvent paraitre inhospitalières, et qui le sont de fait par ce temps humide, ce ciel bas, ces routes boueuses...
 Peu après midi, je rejoins à nouveau le parcours du BRM 300 que j'ai déjà évoqué avant de venir sur celui du BRM 200 organisé par mes amis du club de Château Thierry auquel j'avais participé en 2015 dans des conditions météo encore plus lamentables ! Me voici en terre de connaissance.
A Vic sur Aisne, si je n'ai pas de carte de route à faire pointer chez la boulangère ou au bistrot du coin, je m'arrête quand même pour faire un vrai repas. Repas que j'ai préparé le matin même. Je déguste une succulente salade de pâtes au jambon accompagnée de chips, c'est obligatoire car c'est dans ce village que fut créée la marque VICO (Vic Coopérative) en 1955. Je continue avec un Babybel, un gâteau de riz et un banane. Normalement la fringale n'est pas pour aujourd'hui.
 C'est repu que je reprends la route. Mon oeil, acéré comme d'habitude, ne ratant pas cette enseigne. Avec un nom pareil, il ne pouvait faire que plombier, celui-là. A ce petit jeu, j'aurais dû finir charcutier : on peut échapper à son destin, finalement !
Je continue à rouler dans la vallée de l'Aisne où beaucoup de maisons sont cossues.
Maisons traditionnelles dont les pignons sont appelés "à pas de moineaux".
J'approche doucement mais sûrement du deuxième but de ma sortie : la carrière de l'Armistice à Rethondes.
Hélas, un pont en reconstruction m'empêche d'accéder à l'endroit où fut signé l'armistice de 14-18. Il me faudrait faire un long détour pour y parvenir aussi dois-je y renoncer, ce sera pour une autre fois.
Il me faut maintenant contourner Compiègne pour prendre le chemin du retour, en évitant si possible les grandes routes.
J'y parviens en empruntant tout d'abord cette espèce de "FAON-zone" puis une belle piste cyclable qui traverse la forêt de Compiègne en direction de Pierrefonds.
Cette piste est belle même s'il faut souvent baisser la tête, non pas pour avoir l'air d'un coureur, mais pour éviter les branches !
Puis je quitte cette piste pour faire un petit détour par le charmant village de Vieux-Moulin.
Je ne m'attarde pas à Pierrefonds, nous y avons prévu un petit séjour cycliste dans quelques semaines.
La route est encore longue.
Et c'est  la nuit tombant que je vais revenir en Brie. 

Mon compteur affiche plus de 300 kilomètres : Mission accomplie.
A bientôt pour un BRP 400 !

dimanche 12 juin 2016

Voyage en train : la ligne Bray sur Seine - Sablonnières

A la suite d'une promenade cycliste dominicale en décembre 2013 sur la Route Nationale 4 (Balade que je déconseille à tout cycliste sain d'esprit durant la semaine... mais le dimanche, c'est jouable) j'avais évoqué une ligne de chemin de fer qui traversait le département de Seine et Marne du Sud au Nord et qui joignait Bray sur Seine, à Sablonnières, au bord du Petit Morin.

Cette ancienne ligne oubliée, je suis allé la découvrir le dimanche de la Pentecôte. Ce jour-là, j'ai pratiqué quelque chose comme de l'archéologie ferroviaire.
J'ai choisi de partir de bon matin pour suivre le tracé de cette ligne du sud vers le nord. J'ai donc pris la route de Bray sur Seine. Une cinquantaine de kilomètres, vent dans le dos, ça rigole...
 A 9H50, j'étais donc à pied d'oeuvre pour parcourir au plus près les 88 kilomètres de la ligne exploitée par la Société des chemins de fer économiques entre les années 1902-1904 et la fin des années 1930 pour le trafic voyageurs, jusqu'au milieu des années 1960 pour le transport des betteraves sur certains tronçons.

La vieille gare en bord de Seine n'a pas fière allure aujourd'hui.
C'était autre chose voici une centaine d'années. Le train apportait le progrès dans ces campagnes, à la fois si proche et si lointaine de Paris.
Le premier problème qui se pose à moi est la localisation du pont qui permettait au petit train à vapeur de franchir la Seine et de s'en aller vers la Brie par le Montois.

En effet, le train quittant la gare, tournait à droite pour franchir le fleuve dans le prolongement de la rue du pont  qui n'existe plus aujourd'hui.
Le pont actuel se situe plus en aval que l'ancien.
Je crois reconnaitre dans la rue derrière ces voitures la fameuse rue du pont qui s'appelle aujourd'hui la rue du général Leclerc.
Cette carte postale qui permet d'apercevoir le clocher de Mouy sur Seine sur la rive opposée semble confirmer mon hypothèse.
 Le vieux pont se trouvait bien ici.

Je me rends donc à Mouy sur l'autre rive du fleuve pour vérifier tout cela.
 Et en effet, je suis bien sur le tracé de la ligne qui m'intéresse aujourd'hui.
 La preuve !

On en trouve encore des vestiges.
Me voici donc sur les traces du Bricolo comme était surnommé ces petits trains à vapeur qui assuraient la liaison entre les deux villages seine-et-marnais. Le premier arrêt (ou halte) se situait au PK 1 (Point Kilométrique), dans ce village de Mouy où il n'y avait pas de gare, juste un arrêt facultatif : si un voyageur souhaitait monter, il faisait signe au mécanicien qui arrêtait sa machine.
Je vais pouvoir prendre la route, car ce petit train, économique donc, utilisait beaucoup les chemins et routes existants pour avancer son bonhomme de chemin. 
 Me voici sur la route départementale 213 qui mène à Donnemarie Dontilly, mais avant d'arriver au chef lieu de canton du Montois, il y avait plusieurs arrêts, comme à Saint sauveur au PK 3. 
Il n'avait pas le temps de prendre une grande vitesse le petit tacot !
 D'autant plus qu'à Vimpelles (PK5,6), l'arrêt à la gare était obligatoire.

Elle n'a presque pas changé cette petite gare devenue maison d'habitation.
Ici, notre ligne en croisait une autre, celle qui mène de Montereau à Flamboin-Gouaix.

Ligne qui fut remise en service voici quelques années mais le quartier semble moins animé qu'au début du vingtième siècle.
Plutôt que de filer directement vers Donnemarie Dontilly, mon petit chemin de fer rendait visite à trois charmants villages passant sans doute par ces chemins.
 Et cette route sans doute.
 En arrivant à Luisetaines, un chemin justement, m'inspira et me fit arriver...
 ...à la gare du petit village (PK 7,8).
 Bien sûr le local a bien changé depuis les temps anciens du tramway à vapeur.
 La petite gare est devenue une coquette maison d'habitation. Le petit train passait en limite du village, pour ma part je suis obligé de le traverser, le cyclo-cross ne me tentant guère (ce sera pour plus tard !). 
 Et c'est une agréable surprise de découvrir, derrière l'église (dans l'ancien presbytère ?)...
...le petit musée du Montois, fermé ce dimanche de Pentecôte.
 Il présente des anciens outils agricoles : à revoir lors d'un prochain passage dans la région.
 Je continue mon chemin vers un autre joli village.

Là aussi le chemin à gauche me tente bien.
Encore une fois, je suis bien inspiré car je découvre la gare de Sigy (PK 9,2) dont je n'ai trouvé nulle photographie d'époque.
Ici aussi la voie évite le village. Cyclo-cross, alors ? Non, non, pas encore !
Et ce village est tout aussi charmant que le précédent.
 Les petites maisons sont jolies.
Tout comme l'ancienne mairie.
Quelques hectomètres plus loin, je retrouve la voie qui devait suivre pour aller à Donnemarie, la route passant devant le château. Château bien caché par des hauts murs et des feuillages touffus.

Alors je suis allé chercher quelques vieilles cartes postales.
 Et j'ai continué ma route vers Donnemarie Dontilly.

M'y voici enfin, il est 11 heures, je viens de parcourir une douzaine de kilomètres en une heure environ. Le petit train était plus rapide que moi, il mettait 50 minutes pour se rendre du PK 0 (Bray sur Seine) au PK 12,6 à (Donnemarie).
Y serais-je arrivé à  ce PK 12,6 ?

Cela ressemble à une gare en effet.
 Elle a peu changé en fait

Les rails ont été retirés depuis bien longtemps, laissant la place à une jolie promenade.
Promenade au long de L'Auxence qui file vers la Seine quand je file vers la Marne...
Jolie promenade dans une ville où j'ai l'habitude de me perdre. En effet, à chaque fois que j'ai eu à traverser ce village, ce fut une vraie galère !
Aujourd'hui, pas de problème, je suis la voie du petit train.
Hormis les voitures, le cadre n'a guère changé.
Quelques mètres plus loin, c'était la fête foraine, ce qui explique la présence de tous ces gens qui posent pour le photographe.
En ce printemps 2016, je continue mon périple mais plus de fête à la Demi-Lune.
Je vais continuer vers la gauche pour partir vers Nangis, par le chemin des écoliers de notre Chemin de fer économique !
Et je file vers Gurcy le Chatel.
La voie sans issue devait être le chemin du Bricolo. Je vais être obligé de faire un détour... Non, c'est ici que mes talents de cyclo-crossman vont faire merveille.
 J'enjambe la glissière de sécurité et, "Tchou-Tchou...", je peux continuer à faire le petit train.

L'ancienne route n'est plus très bien goudronnée et ça grimpe, me voici roulant vers la Brie. Le petit train devait souffrir ici.
J'arrive enfin à Gurcy le Chatel. Pas de photo ancienne de la gare et je n'en trouve aucune trace aujourd'hui. Même si je pense que la voie partait vers la gauche, derrière la ferme, j'en ai assez du cyclo-cross et décide de revenir sur un bon bitume.
Ce village n'est pas particulièrement remarquable aussi je ne m'y attarde pas.

A Montigny Lencoup, au PK 19, je retrouve la gare sans problème.
Elle a pris un coup de vieux, la vieille gare !
Dans ce village, on a décidé de se souvenir de ce temps lointain.
Mais le chemin du Tacot, je choisis de ne pas le suivre.
Me voici maintenant sur la Départementale 201 où le tramway devait rouler à toute "berzingue" pour rattraper le temps perdu...
A Villeneuve les Bordes (PK 22,7), je trouve sans souci l'ancienne rue de la gare.
Elle a changé de nom, c'est la rue du Montois maintenant, mais elle est toujours là, tandis que la gare, je ne la trouve pas. 
Après avoir cassé la croûte au bord de la route, me voici à Valjouan où le petit train faisait une simple halte.
On pouvait attendre le train au bistrot. Le mécanicien avait-il le droit d'y faire un petit arrêt ?
Le voici qui arrive de Nangis. La petite fille à droite semble plus intéressée par le photographe.
Et moi, je continue, ne perdons pas de temps !
De l'arrêt de Fontains, plus de trace non plus. Il se trouvait à 1800 mètres du village. 
En 1911, le conseil municipal refusa un éclairage public sous prétexte de vandalisme !
Me voici à la fin du premier tronçon de cette vieille ligne de chemin de fer (PK32,1).
Ici le Bricolo rejoignait la Grande ligne Paris-Mulhouse construite dès le milieu du XIXème siècle.

Pour l'anecdote, signalons que la section de Jouy-le-Chatel à Nangis était terminée dès juillet 1902 mais s'arrêtait au faubourg nord de Nangis.
 En effet, pas question que notre petite ligne de rien du tout croise la Grande ligne de la Compagnie de l'est qui exigeait qu'un "saut de mouton" fût réalisé, ce qui fut fait comme le montre cette photo. Mais cela retarda l'inauguration du tronçon de la ligne qui allait de Saint Siméon à Nangis, elle se déroula en mai 1903 après la construction du "saut de mouton".
Par contre, la section que nous venons de parcourir, de Bray à Nangis connut un plus grand retard encore : elle ne fut inaugurée qu' à la fin de 1904. Le 4 décembre 1904, vers 10 H00, le train d'inauguration partait de la gare de Nangis pour s'arrêter aux diverses stations de la ligne. Partout l'accueil est chaleureux. Un banquet fut servi (très bien servi, dit la chronique !) à Donnemarie avant que le convoi gagne Bray où la réception fut brillante !  (Source  RC Plancke "Histoire du chemin de fer en Seine et Marne" - Tome 2)
Aujourd'hui je ne trouve plus trace de cette ligne transversale. Plus d'âne, mais beaucoup de voitures...
Et toujours la sucrerie. Cette petite ligne fut également construite pour y acheminer des betteraves, ce qui fut sa dernière fonction avant que les poids-lourds ne remplacent définitivement le chemin de fer au milieu des années 60.
Je suppose que la sucrerie se trouve toujours au même endroit (?).
 Me voici maintenant en terrain connu pour continuer mon voyage au début du XXème siècle. Je continue donc sur la Nationale 19, avant de prendre à droite vers La Croix en Brie.

Je sais que dans ce hameau de La Psauve , il y avait un arrêt (PK 35,8). Rien ne le rappelle ici.
 A moins que ce chemin... je l'emprunte...
 Et ici, sous le bitume, je trouve la trace d'un vieux rail ! Quand je parlais d'archéologie... ferroviaire !
  A la Croix en Brie (PK 39,2), je cherche la gare : plus de gare !
 Sans doute était-elle dans ce secteur.
Car je suis arrivé ici  en prenant la rue de la gare...
...qui ne s'appelle plus la rue de la gare de nos jours.  
Les municipalités de ce village furent très combattives pour que leur commune fût desservie par le chemin de fer. Dès 1881, plus de 20 ans avant l'ouverture de la ligne, l'assemblée communale de la Croix en Brie émettait le voeu qu'une nouvelle voie ferrée traversant le département du nord au sud fût mise à l'étude.
En 1893, les conseils municipaux de La Croix et de Gastins (village situé à 6 kilomètres plus au nord) rivalisaient d'arguments pour obtenir la voie ferrée sur leur territoire ! La Croix obtint gain de cause au grand dam de sa petite rivale briarde. 
Donc, continuant mon chemin... de fer, je me dirige vers Saint Just en Brie (PK 41,9) où ne subsiste aucune trace de la ligne.
Me voici sur le plateau briard, entre Saint Just et Jouy le Chatel. Ici le petit train aurait dû prendre quelque vitesse.

Hélas, deux haltes pouvaient le ralentir dans son élan, aux PK 46 et 48,1, pour peu qu'un voyageur désireux de se rendre à Jouy le Chatel ou plus loin, qui sait, lui fasse signe de s'arrêter.
Jouy le Chatel était à l'époque un petit noeud ferroviaire puisque trois lignes s'y rejoignaient, celle arrivant de Bray sur Seine, que nous venons d'explorer, celle partant vers Marles en Brie (et Paris) dont le tracé suivait l'actuelle Nationale 4 pour une grande part, et enfin celle que je vais suivre vers Rebais et Sablonnières.

Aujourd'hui, il ne reste plus de trace de cette activité cheminote.
Même la rue de la gare a été débaptisée. 

Pourtant, elle a peu changé.
Elle est simplement moins vivante car tout le monde est à la brocante au centre du village, ce qui m'oblige à suivre la déviation. J'avoue que j'ai horreur de traverser une brocante, cela me mine le moral de voir toutes les "cochonneries" que l'on peut y vendre...
Grand bien m'a pris car ici, je fais une nouvelle découverte "archéologique", ma petite ligne passait bien ici.
Quelques kilomètres plus loin, avant d'arriver sur la Nationale 4, je découvre une nouvelle trace de voie ferrée à proximité de la halte du Corbier.
Un vrai rail est resté en place ici.
La voie devait continuer par là...
Pour suivre ensuite ce qui n'était pas encore la Nationale 4, bien calme en ce dimanche de Pentecôte.
Le bar de la Petite gare est fermé...
La petite gare des Essarts (PK 56,2) aussi, qui servait d'arrêt pour desservir le village de Bannost.
Village situé à 1,5 kilomètres environ. 

J'imagine le voyageur venant à Bannost au début du XXème siècle et devant parcourir ce bout de chemin sous la pluie, la neige, avec les loups hurlant alentour et les brigands prêts à dépouiller le voyageur infortuné... J'exagère, j'exagère...

Mais Bannost, contrairement à beaucoup de communes, a maintenu le souvenir du Chemin de fer économique.

Non, ce n'est pas moi sur la photo...
 L'angle de prise de vue n'est tout à fait identique mais le village a peu changé finalement.

Hormis la mairie qui a été modernisée.
Passant par Boisdon, je reviens sur la N4 pour arriver à Beton Bazoches (PK 60,4).
 La gare était une belle bâtisse, un peu à l'écart du village ici aussi.
En face, on trouvait le café de la Gare, bien sûr.
 La gare  a été transformée en logements.
 Quant au bistrot qui fut une auberge, il est fermé aujourd'hui.

La ligne, qui s'était permis un petit crochet vers l'est, reprend ici sa route vers le nord, obliquant vers la gauche donc.
Elle a dû franchir l'Aubetin puis remonter vers le plateau de Brie. Elle va retrouver à partir de maintenant un tracé plus accidenté !
 Au PK 65,8, la petite gare de Chevru, dans le même style que toutes ces petites gares qui jalonnaient le parcours, accueillait une population nombreuse et curieuse.
Si la construction de la ligne fut attribuée à trois entreprises différentes (de Bray à Jouy, l'entreprise Cordier de Verneuil l'Etang ; de Jouy à Saint Siméon, l'entreprise Dequeker de Paris ; de  Saint Siméon à Sablonnières, l'entreprise Bougain de Mâcon), l'ensemble des bâtiments fut construit par l'entreprise Boucher et fils de Nangis.

A Chevru, ce panneau est le dernier souvenir, me semble-t-il, du passé ferroviaire de la commune.
Puis le petit train continuait en suivant la route départementale vers Choisy en Brie où je n'ai pas trouvé trace de la gare qui a sans doute disparu aujourd'hui.
En tout cas la ligne était bien "tordue"  et ne permettait pas de battre des records de vitesse !
La rue de la gare  a été depuis longtemps débaptisée.
Elle s'appelle désormais la Grande rue. Par contre, en regardant un plan de cette commune, je viens de me rendre compte qu'une petite rue périphérique s'appelle la rue de la gare, elle m'avait échappé lors de mon périple.
Je file maintenant vers Saint Siméon où le train dévalait les coteaux de la vallée du Grand Morin.

La petite gare de la ligne des chemins de fer économiques est toujours là, près de la gare de la Grande ligne qui allait de Coulommiers à La Ferté Gaucher.
Un petit pont que l'on voit en arrière plan permettait à la petite ligne d'enjamber la grande.

Un deuxième pont franchissait la Grand Morin, le Bricolo pouvait ainsi continuer son chemin vers Rebais.

Je n'en trouve plus trace.
Cette carte, non datée témoigne que la vie de cette ligne n'était pas un long fleuve tranquille.
Ici, lors de la construction de la ligne en 1903, tout ne s'était pas passé facilement comme le relate cet article paru dans le Petit Parisien le 14 mars 1903.

Entre ouvriers français et italiens

Un grave conflit vient de s’élever entre ouvriers français et italiens, employés sur les chantiers de Saint Siméon, à la construction de la ligne de sablonnières à Bray sur Seine.

L’entrepreneur avait dû, les travaux étant en retard, par suite des pluies augmenter son personnel. Le secteur en construction devait être inauguré ce mois-ci, mais la date d’exploitation a dû être retardée.

Les ouvriers français protestèrent contre le nombre excessif des Italiens embauchés et, voulant les empêcher de travailler, se rendirent ce matin à six heures, armés de leurs outils, sur les chantiers. Une bagarre s’ensuivit, au cours de laquelle plusieurs ouvriers furent blessés. Un Italien, entre autres, porte au cou une blessure d’une certaine gravité, faite à l’aide d’une fourche.
Prévenues immédiatement, les brigades de gendarmerie de La Ferté Gaucher et de Rebais arrivèrent sur les lieux et réussirent à éviter une nouvelle collision.
A la reprise du travail cet après-midi, les ouvriers français qui demandent le renvoi des étrangers, ont consenti à une trêve de 48 heures pour permettre à l’entrepreneur d’aviser, mais les esprits sont surexcités. La situation est très tendue et de nouveaux conflits sont imminents.
Le sous-préfet et le parquet de Coulommiers, qui ont été avisés dans la soirée, viennent de prendre des mesures en conséquence.

On notera que les rapports sociaux étaient d'une certaine violence à cette époque, c'est autre chose que la chemise déchirée d'un cadre d'Air France qui tint en haleine nos chers médias des jours durant...
Le lendemain, le journal apportait quelques précisions sur les causes du conflit.

Ouvriers français et Italiens.

De Coulommiers :

Le conflit que le Petit Parisien a relaté hier entre ouvriers français et italiens, employés sur les chantiers de construction de la ligne départementale de Sablonnières à Bray sur Seine, est toujours dans une phase des plus aigües.

Je me suis rendu de nouveau à Saint Siméon, et me suis entretenu sur le chantier du bois Cloud, avec les ouvriers qui sont toujours très surexcités. Les ouvriers français attendent impatiemment la décision que doit prendre M. Dekecker, l’entrepreneur des travaux.
Les causes que nous avons données du conflit, c'est-à-dire le nombre exagéré des étrangers employés ne sont pas les seules. En effet, alors que les ouvriers français sont payés au tarif de 38 centimes de l’heure, les Italiens reçoivent 43 centimes, et n’ont, au dire des premiers, aucune des charges que supportent ceux du pays. D’un autre côté les Italiens se disent en force et en nombre suffisant et sont décidés à se défendre énergiquement s’ils sont attaqués.
Le lieutenant de gendarmerie s’est rendu aujourd’hui sur les lieux avec la brigade de Coulommiers. Les brigades de La Ferté Gaucher et de Rebais y sont également restées en permanence. Les trois brigades ont établi leur quartier général à La Vanne. Les chevaux sont logés partie dans une ferme et partie chez un aubergiste.
Le travail n’a pas été interrompu aujourd’hui. Les belligérants étant occupés à quelques distances les uns des autres, mais l’effervescence qui règne des deux côtés fait craindre que la journée de demain ne soit pas aussi calme, malgré la surveillance, qui est exercée, et la promesse qu’ont faite les ouvriers français de patienter jusqu’à demain soir.
  Donc, à l'époque, des ouvriers étrangers pouvaient être mieux payés que des Français. Ce n'était pas encore l'époque du"plombier polonais"...

La conclusion de cette vilaine histoire est racontée la semaine suivante. La justice était prompte à l'époque. Le Petit Parisien, le 21 mars 1903, nous raconte la conclusion de l'incident.

Le conflit entre ouvriers français et italiens survenu la semaine dernière à Saint Siméon sur la ligne en construction de Sablonnières à Bray sur Seine, vient d’avoir son dénouement devant le tribunal correctionnel de Coulommiers.

Nos lecteurs se souviennent que les ouvriers français, trouvant exagéré le nombre d’étrangers employés, attaquèrent ces derniers dont un fut assez grièvement blessé.

Le sous-préfet et le Parquet intervinrent afin d’éviter des nouvelles rencontres et aussi pour donner aux entrepreneurs le temps d’aviser.
Cependant tout ne rentra dans l’ordre que lorsque les ouvriers étrangers furent emmenés sur un autre point de la ligne.
Huit d’entre les ouvriers, qui comparaissaient aujourd’hui devant les juges, sous la double inculpation de coups et de menaces de mort, ont été condamnés à quinze jours de prison."
La justice passait, dure pour les ouvriers, il fallait maintenir la paix sociale.
Aujourd'hui tout est calme, je quitte la vallée du Grand Morin par une longue pente douce qui devait malgré tout faire souffrir le petit train.
 Arrivé sur le plateau, il faisait une halte bien méritée à la "gare" de Saint Denis lès Rebais. 
 Presqu'au milieu de nulle part, plus de trace de la ligne ici non plus.
A Rebais la gare a été transformée en Maison de l'imprimerie, une nouvelle vie pour la jolie bâtisse...

... qui n'a guère changée.
Avant-dernière station avant le terminus, la petite gare de La Trétoire est toujours debout.
Petite maison d'habitation, elle garde encore un petit cachet ferroviaire.
 Peut-être, voyons-nous au premier plan, avec son chien, madame le Chef de gare ?
Il ne me reste plus qu'à descendre vers la vallée du Petit Morin.
 Sablonnières : terminus, tous les voyageurs descendent du train. Correspondances pour la Ferté sous Jouarre ou Montmirail...
 Un voyageur parti de Bray le matin, à 7H, par le train N° 41, avait attendu sa "correspondance" pendant plus de 2 heures à Nangis, pour prendre, dans le train N° 23, la direction de Saint Siméon où il devait patienter près de deux heures pour emprunter le train N° 33 et arriver à sablonnières à 21H05.
Je suis allé plus vite sur mon vélo !
Mais qu'on se rassure, rares devaient être les voyageurs qui  empruntaient la ligne sur sa totalité, ce petit train était avant tout un "train de proximité" qui servaient à transporter les gens vers les bourgs où se tenaient les marchés, vers la famille résidant dans des communes proches, mais également servant à transporter les marchandises produites dans nos petites communes briardes.
A Sablonnières, la ligne fut inaugurée le dimanche 22 novembre 1903, le train inaugural partant de Saint Siméon. En chaque gare, c'était la liesse populaire que l'on peut percevoir sur cette photo.
La ligne suivait certainement ce chemin, remontant (ou descendant selon les cas) les coteaux de la vallée du Petit Morin.
Les deux gares, ici celle de la ligne Montmirail - La Ferté sous Jouarre, sont encore debout...
... celle de la ligne vers Bray étant devenu une annexe de la grande.
 Mon voyage dans le temps s'arrête au bord du Petit Morin et je ne pourrai même pas boire une bière à la terrasse de l'hôtel de la gare de Sablonnières qui est également devenu une maison d'habitation.
Hôtel de la gare qui fut, en 1912, le cadre d'un fait divers sordide.
Accusée d'avoir empoisonné sa propre fille à l'aide de drogues abortives, ce qui ne fut pas prouvé, la tenancière de l'auberge, fut condamnée en janvier 1913 à trois ans d'emprisonnement pour « excitation de mineure à la débauche » et outrage aux mœurs.
En effet, l'auberge était le "théâtre habituel d’orgies honteuses et qu’elle (la patronne) encourageait elle-même sa fille, dans l’intérêt de son commerce, à se livrer à la débauche", selon le Petit Parisien du 26 juillet 1912. Quatre complices, dont le facteur de Rebais, qui participaient aux "orgies" furent également condamnés à des peines moins lourdes.

 Il s'en passait de belles à l'époque dans nos contrées briardes !
Le petit train, le Bricolo, le Tacot, est aujourd'hui un souvenir lointain mais dont on peut percevoir avec un peu d'attention la présence dans notre campagne.
Pour réaliser ce long billet, en plus de mon vélo, et de mes petits muscles... j'ai utilisé deux livres.
 Il y a surtout ce monumental ouvrage de René Charles Plancke aux éditions Amatéis et qui est, hélas, aujourd'hui épuisé. 50 pages passionnantes sont consacrées à la ligne présentée ici.
 Les éditions Delattre ont également édité ce beau livre de cartes postales.
Le site Gallica de la Bibliothèque nationale permet de retrouver quantité d'articles de presse de l'époque, avec un peu de patience, on trouve tout !
Enfin les cartes postales proviennent de différents sites de ventes, en particulier l'excellent site Delcampe.  



J'ai déjà exploré sur ce blog de vieilles lignes de chemins de fer abandonnées depuis bien longtemps ou encore utilisées :
 La ligne qui va de Montmirail à Mézy sur Marne et qui est encore utilisée, que j'avais évoquée en novembre 2013 : Voyage en train de Montmirai à Mézy 
 La ligne qui allait de La Ferté Gaucher à Sézanne que j'avais parcourue en octobre 2013 et qui laisse place aujourd'hui à trois vélorails et beaucoup de friches : Voyage en train de La Ferté Gaucher à Sézanne 
La ligne qui suivait le Petit Morin de La Ferté sous Jouarre à Montmirail le long de laquelle j'avais randonné en mai 2103 : Voyage en train de La Ferté sous Jouarre à Montmirail