mercredi 10 février 2016

Ciels de Brie après la tempête

J'avais le vent dans le dos pour aller à Montmirail. Comme chaque début de mois, je vais y acheter quelques journaux à la Maison de la presse.
Dans ce ciel tourmenté d'après la tempête, le bleu tentait par moment de se faire une petite place.
 Au moment de ranger mes achats dans la sacoche (La sacoche est neuve, j'ai racheté la même que la précédente, on ne change pas une sacoche qui gagne... J'ai changé aussi la guidoline et les pneus, j'ai augmenté la section, passant du 700x23 au 700x25, il parait que c'est plus confortable : je ne suis pas convaincu après deux sorties.) j'ai eu le plaisir de voir s'approcher une personne de connaissance, Georges Dart, l'ancien président du club cyclo de Montmirail. S'il ne fait plus de vélo, le vieux monsieur occupe son temps à écrire sur l'histoire de la région après avoir publié plusieurs recueils réunissant ses chroniques cyclotouristes. Une belle rencontre de quelques minutes seulement, hélas.
 Pour rentrer, ce fut plus difficile car le vent, bien que faiblissant, ralentissait ma course. Mais je n'avais rien à craindre.
"Le vent semble une brut' raffolant de nuire à tout l'monde...
Mais une attention profonde
Prouv' que c'est chez les fâcheux
Qu'il préfèr' choisir les victim's de ses petits jeux!"
Georges Brassens
 Au Vézier, le ciel est devenu bleu et j'en ai profité pour un petit arrêt photo.
Jamais encore, je n'avais eu la présence d'esprit de faire du tourisme au Vézier, qui m'en voudra ?
Le coq de clocher fut peut-être présenté ici... pas sûr.
 Une église tout à fait banale en fait.
 Pourtant les vitraux, dans la lumière du soir, méritent l'arrêt que je m'autorise. Surtout que le vent... m'a fatigué un brin.
 La lumière donc...
 Ma sacoche arrière étant chargée de journaux, ce petit dessin sur la porte de l'église, annonçant une année de la miséricorde et présentant le "Christ portant un homme égaré", je ne pus m'empêcher de penser au sujet du journal "Le 1" (l'excellent titre créé par Eric Fottorino, ancien directeur du Monde et grand cycliste). 
La miséricorde est "le pardon des fautes" et l'être miséricordieux accorde sa pitié. Entre la honte et la pitié, nos dirigeants semblent avoir choisi (et nous aussi ?). Un jour, peut-être demanderont-ils miséricorde même si ce n'est pas le genre de ces maisons-là...
Alors je continue la revue de presse de ma sacoche et ce cher Siné qui continue à ch... dans la colle ! Indispensable chaque mois.
 Avec ce mois-ci, en quatrième de couverture, ce dessin du dessinateur que je préfère : Rémi Malingrey.

Dans un registre plus sérieux (Quelques heures de lecture... c'est toujours mieux que de regarder Guy Lux à la télé !) le numéro spécial du Diplo apporte toujours un éclairage différent sur l'actualité. Le fameux pas de côté, cher à Gébé :
 « On nous dit le bonheur, c’est le progrès, faites un pas en avant et c’est le progrès. C’est le progrès mais c’est jamais le bonheur. Alors si on faisait un pas de côté ? »
 J'aime bien faire des pas de côté, même si c'est difficile à vélo.
Mais dans ma sacoche de vélo, il y a aussi un journal de vélo, ou plutôt de cycliMSe.
 C'est le vrai magazine, en plein dedans, l'information prime. Bien sûr, ça n'arrive pas à la cheville du "Miroir" mais pour un sport en perte de vitesse, c'est pas mal, c'est pas mal... mieux en tout cas que Vélo magazine où il y a trop de pub. Mais dans tout ça, il manque le poster et les dessins de Pellos (ou de Malingrey, tiens, pourquoi pas ?). Il manque les récits épiques des chevaliers du vélo, des forçats du guidon, ça sent la com' et le bus customisé. Mais celui-là, Planète cyclisme, il est pas mal, la preuve, je l'achète. D'ailleurs le dernier numéro spécial paru pour les 70 ans d'Eddy Merckx était très réussi.
Pour en finir avec cette petite revue de presse (pourtant elle est grande ma sacoche !), je voudrais recommander cette revue trimestrielle. J'en ai déjà parlé, je crois.
 200, le vélo de route autrement, c'est un super magazine. On y croise les doux dingues (tant que les dingues sont doux, c'est pas grave, c'est pas grave...) qui vont rouler sur toutes les routes du monde et de France pour des défis, des expériences cyclistes. Contrairement aux deux revues de cycliMSe précédentes, les récits sont magnifiquement écrits et il y a souvent ce deuxième voire troisième degré et aussi cette pointe d'humour, d'ironie, ce n'est que du vélo après tout, mais ça fait tellement de bien. Le seul reproche que je me permettrai, c'est un côté un peu Bobo qui perce parfois...
 Je cause, je cause mais je ne suis pas rentré moi.
 Le soir arrive doucement, le ciel se couvre à nouveau, en descendant sur Saint Martin, je grille le "Stop" et je fais une pointe à "36", s'il y avait eu ce genre de radar quand j'étais petit, sûr que j'y aurais passé mes jeudis après-midi, et avec les copains, on leur aurait fait exploser leur machine !

dimanche 7 février 2016

Anquetil à la Une de Miroir du cyclisme ! (Sixième partie : 1964)

1964 : Sans doute "The" Tour de France, celui qui marqua les esprits. La France coupée en deux, pour oublier la Guerre d'Algérie, l'OAS et De Gaulle Imperator, elle s'invente une nouvelle fracture : "Poulidoristes" contre "Anquetilistes".
 Miroir du Cyclisme annonce le duel dans son traditionnel numéro de présentation du Tour mais nul ne sait encore vers quel paroxysme nous mèneront les deux champions.
Pellos nous montre une version toute chevaleresque de ce duel à venir.
Pourtant il a fallu ce numéro de juin 1964 pour que Maitre Jacques fasse à nouveau la Une du Miroir. Il avait bien figuré en quatrième de couverture du numéro spécial "Tout le cyclisme" en mars.
 
Jacques Anquetil prend la pose : le patron, c'est lui.
Pellos l'avait également installé, incognito, parmi la foule des prétendants aux courses par étapes précédant le Tour de France dans le numéro 44 du mois de mai, dans le style "Où est.. Maitre Jacques ?"

Pour sa cinquième victoire, Jacques Anquetil apparait à la Une du Miroir du Tour 64, appliqué, inquiet mais vainqueur et c'est là l'essentiel, non ? Face à lui, Poulidor semble décidé à prendre la place du champion. On sait qu'il n'en fut rien, si ce n'est la place que Poupou prit dans le coeur des foules : la gloire sans maillot jaune.
 
 Pellos, au début de ce numéro spécial, transforme le duel annoncé en combat de boxe, ou de catch, à cette époque sport à la mode. Les deux "coachs", Géminiani, le rusé, et Magne , l'honnête homme, se font face aussi, sous l'oeil de l'arbitre et grand Manitou du Tour Jacques Goddet. On peut reconnaitre dans la foule le peuple qui encourage les deux champions au bord des routes, qui ne manque pas une retransmission (en Eurovision !), de l'ORTF, et qui aussi, accessoirement est le témoin des frasques des Pieds Nickelés !

 Après les aventures du Ver solitaire de Jacques, narrées en alexandrin en 1963. Le Miroir du Tour 1964, parodie un dialogue du Cid (Sous la plume de Maurice Vidal ?).

C'est par 6 petits dessins que Pellos illustre ce début de tragédie antique, car c'est bien de cela qu'il s'agit : une tragédie pour Poulidor.
Et comme je suis vachement sympa aujourd'hui, voici le texte, en version "lisible" :


POULIDOR. A moi, Jacques, deux mots. J'ai lu incidemment  
              Dans la presse du Tour singulier roman !
               Que tu envisageais, de sang froid, ta déroute
               Et que tu y mettais un prix que je redoute...

ANQUETIL. Ma déroute, dis-tu ? C'est un malentendu...

POULIDOR. Ta déroute, mais oui, c'est bien ce que
j'ai lu !
                   Cela ne m'eut, j'avoue, alarmé qu'en surface  
                   Et m'eut même arraché un cri de joie fugace  
                  Si tu n'avais promis, répété à foison,  
                 Que si tu succombais, je serais le dindon. 
               Tu conçois aisément qu'un tel propos m'émeuve...



ANQUETIL. C'est tout simple pourtant. Et l'idée n'est pas neuve : 
                Si toi, ceux que ma gloire tient éveillés la nuit,  
              Vous me laissez en paix, vous n'aurez point d'ennuis. 
               Mais si vous me marquez, et sabotez ma course,  
              Un outsider, alors, empochera la bourse. 
             Je me saborderai, entraînant avec moi  
             Mes ennemis jurés. A commencer par toi !

POULIDOR. Tu envisages donc, de sang froid, la défaite, A condition d'avoir, en premier lieu, ma tête ! 
              Cela ne manque point d'originalité.  
              Mais tu  risques,  vois-tu,  d'avoir mal  calculé !

ANQUETIL. Vraiment ! Dis-moi en quoi, selon toi, j- me trompe ? 



 POULIDOR. Jacques, sais-tu ce qu'est un méchant coup de pompe?

ANQUETIL. Je le sois : en dix ans, j'ai appris ses effets

Mais quel rapport a-t-il avec moi, s'il te plaît ?

POULIDOR. Un rapport évident. Tu prétends quelle outrance !  
                Que tu peux me couler.  Et à ta convenance. 
                Je te le dis tout net : tu es en pleine erreur.  
               Il se peut que du Tour tu ne sois point vainqueur  
                Je ferai tout pour ça mais dans cette hypothèse, 
                Je serai ton bourreau brillant ne t'en déplaise.  Tu ne pourras jamais, malgré tous tes complots 
              M'empêcher de partir, loin devant, à l'assaut. 
               Je te matraquerai, fort, et sans défaillance, 
               Dans les cols, sur le plat, et prouvant ma vaillance, 
             Je viendrai t'ajuster au moment du chrono 
             Pour marquer mon triomphe...


ANQUETIL. ... Aurais-tu bu de trop ?

Car enfin, Poulidor, soit dit sans nulle offense,

J'ai peur que tu ne fasses, et lourdement, 
 Souviens-toi :  jusqu'ici, je t'ai toujours battu
 Au sprint ou dans les cols, bref, comme je l'ai voulu. Dans l'effort solitaire, tu n'as aucune chance :  
Tu as fait des progrès ? L'écart demeure immense. 
C'est pourquoi je me dis : « s'il me casse les pieds, Raymond et moi ensemble irons nous rhabiller »
 Je le ferai, sais-tu...
 POULIDOR. ... C'est ce que tu espères

           Mais tu resteras, seul, sur ta sombre galère.  
Moi, je serai en tête...

ANQUETIL. ... Alors, nous serons deux.

Tu pourras admirer le dessin de mes pneus !

POULIDOR. Je ne puis que sourire à cette confiance.

             Nous en reparlerons sur les routes de France.

           Le 14 juillet, on fera le bilan

           Manques-tu de mouchoirs ? Alors, prépares-en.
 ANQUETIL. Je n'y manquerai point. Mais munis-t-en toi-même.
                             Ajoute quelques draps. Pas des jaunes : des blêmes.

Jamais sans doute Poulidor ne fut si prêt de prendre le maillot jaune, de remporter le Tour. Anquetil l'en empêcha avec la plus vive ardeur, mais...
 En 1964, Anquetil ne fit plus la une du Miroir. Tout juste Pellos le dessina-t-il face à son cher rival avant les championnats du monde dans le numéro 48 du magazine.
 (La suite... bientôt.)