vendredi 21 novembre 2014

Jacques Anquetil : Album souvenir, MIROIR du CYCLISME

Je livre ici aujourd'hui le fameux Album souvenir de Jacques Anquetil tel qu'il fut publié par le Miroir du Cyclisme en novembre 1987.
L'album photo suit le long texte d'Henri Quiquéré, journaliste sportif à la fameuse revue. 
J'ai inséré en bleu les hommages de coureurs qui l'ont cotoyé.


DEBUT DE CARRIERE
Avec un petit sourire pincé qui était sa marque et dans lequel, très injustement, nombre de gens ont vu, tout au long de sa carrière, une certaine forme de mépris pour les autres, Jacques Anquetil se plaisait à répéter :
«Je dois sans doute à ma mère d'être doué pour le vélo. »
Cela parce qu'elle était de descendance belge ! Mais son père était normand. Et c'est à Saint-Aignan, dans une Seine devenue Maritime parce que se refusant d'être Inférieure, que Jacques naquit le 8 janvier 1934. Rouen, distant seulement de cinq kilomètres, n'étalait alors sa banlieue ouvrière, que vers le sud et se protégeait au nord par une zone rurale à vocation vivrière, morcelée en exploitations pour la plupart trop petites pour nourrir ceux qui les cultivaient. C'était le cas chez les Anquetil qui ne purent jamais agrandir suffisamment leurs terres en deux déménagements. D'abord à Bois-Guillaume puis à Quincampoix, pour trouver le minimum raisonnable d'aisance. Ce n'est pas facile de vivre à deux pas de la richesse. De cette ville de Rouen où naquirent Corneille, Flaubert, mais dont on ne dit jamais assez le secret qu'on y met à cacher sa fortune dans ses hôtels parti­culiers du cœur de la ville. C'est pourtant ce qui suscite cette impression de froideur quand on erre dans ses rues hérissées de clochers, entre ses églises joyaux, son pavillon Renaissance flanqué d'un beffroi féodal et sa cathédrale aussi somptueuse que hardie !
Le merveilleux, c'est que pour Jacques, qui ne partagea que la vie des humbles cultivateurs, on puisse aujourd'hui, évoquer sa vie comme celle des hommes les plus illustres, en citant sa date et lieu de naissance. Au présent, les grandes gloires sportives entrent souvent dans cette catégorie de personnages. Et leur réussite frappe d'autant plus que leurs débuts dans la vie furent des plus simples. Reprenons donc ! C'est à Quincampoix, au hameau du Bourget très précisément, que Jacques passe l'essentiel de son enfance, dans une maison à colombage jouxtant les champs de fraisiers, ressource essen­tielle de la famille. Une enfance d'une banalité effarante, de celle justement qui en fait toute la vraie grandeur, entre l'école communale, l'aide nécessaire aux parents en saison et les jeux de tous les gosses du même âge. Une enfance qui dans ces milieux s'arrête juste après le certificat d'études primaire, quand il s'agit de choisir son avenir. Pour Jacques, ce furent trois années au collège technique de Sotteville pour y passer et y réussir un diplôme de tourneur et un autre de dessinateur industriel. Des années quiètes, sans histoire, où seule le distinguait cette grande silhouette dégingandée. Pour le reste, il était un élève docile et appliqué, courtois mais pas très disert, un peu trop secret voire aux yeux de ses copains de classe. Trois années qui déterminèrent tout de même son avenir mais cela, on ne le sut et ne l'analysa qu'à posteriori. C'est-à-dire que pour aller et venir entre domicile et collège, Jacques s'était vu offrir une bicyclette et non un vélo et il fallait pouvoir le suivre quand il se décidait à forcer sur les pédales dans la célèbre côte de Ernemont. A tel point qu'il se tailla ainsi sans le vouloir, puisqu'il n'aimait pas ce type d'effort outre mesure et n'envisageait absolument pas de tâter de la compétition, une réputation de « costaud ». Au point qu'un des adolescents du village, coureur de deuxième catégorie lui, s'estima contraint de lui jeter un défi sur la montée d'Ernemont. Celui-ci en fut pour ses frais. Jacques sur son « clou », les laissa bien loin derrière, lui le licencié et sa belle machine de course. Un événement de clocher à priori mais qui devait décider de tout. Un témoin nommé Dieulois, époustouflé par la prestation de Jacques le pressa de venir avec lui dès le jour suivant au club de l'Auto-Cycle Sottevillais, entraîné par André Boucher, l'un de ces dirigeants exemplaires dont l'unique vocation était de former des jeunes coureurs.

Il faut noter que cela se passait à la fin de la saison 1951, Jacques débutait en compétition et cela sur un vélo monté par André Boucher qui avait tout de suite décelé qu'il tenait là un sujet vraiment pas ordinaire, voire tout à fait exceptionnel. Il allait le montrer dès l'année suivante, en 1952. Une saison incroyable et significative de sa classe et de son caractère.
Dans un reportage effectué par notre cher Robert Barran en 1962, André Boucher, pour Miroir du Cyclisme, la racontait ainsi :
« Jacques avait gagné presque toutes les courses de la région auxquelles il avait participé. Arriva le championnat régional où ses résultats et sa valeur indiscutable le désignait immanquablement comme le favori. Logiquement, une coalition se forma contre lui et au profit d'un autre gars de valeur : Yvon Marie ! Un marquage serré qui énerva Jacques à tel point qu'il parla d'abandonner. Il fallut que je le sermonne et surtout le persuade, et en quelques mots puisque c'était pendant la course, qu'il était bien le plus fort et qu'il n'avait qu'à le montrer. Convaincu, il attaqua tout aussitôt, lâcha tous les autres et s'en alla gagner avec près de neuf minutes d'avantage ! Même scénario un mois plus tard au championnat de France à Carcassonne, où, je ne sais trop pourquoi, il s'était mis en tête que la victoire devait revenir à Rouer. Personnelle­ment, j'étais interdit de suivre la course pour une raison imbécile de différent avec un commissaire et je m'étais dissimulé dans un fossé sur le circuit, à un endroit stratégique, juste après l'ascension du col du Portel. Quand il est passé, facile mais vraiment pas très motivé, j'ai jailli et je lui ai hurlé : «Allez Jacques, c'est maintenant. »Il m'a écouté, s'en est allé d'une manière insolente et a relégué tous ses adversaires bien loin derrière lui.»
Deux anecdotes pour soutenir une affirmation qui tenait beaucoup à cœur de ce dirigeant au moins aussi exceptionnel que son poulain et qui, par la suite, forma nombre d'autres champions dont Jean Jourden, et qui consistait à assurer que Jacques avait toujours le besoin de quelqu'un auprès de lui pour le motiver en courses où il avait par trop souvent la fâcheuse habitude de se laisser aller. Et André Boucher justifiait ainsi le rôle extrêmement positif joué par Darrigade d'abord puis par Jean Stablinski ensuite dans la fabuleuse carrière du « fraisier de Quincampoix », le premier sobriquet qui lui fut attribué par la presse avant que de céder la place à celui, beaucoup plus durable, de « Maître Jacques ».
Mais là encore n'anticipons pas. 1952 s'achève sur ce maillot tricolore et Jacques, qui a tout juste dix-neuf ans, ne le défendra pas en 1953 où il passe dans cette catégorie dite des « Indépendants », celle qu'on en finit pas de regretter tant elle permettait une transition harmonieuse entre l'amateurisme et le professionnalisme. Au moins avait-elle le mérite de plus de franchise et de moins cacher l'amateurisme-marron ! Pour le Normand, la transition allait être brève et ponctuée de deux exploits absolument retentissants. Encore qu'il faille auparavant noter une performance dans le Tour de la Manche où Jacques s'offrit, après avoir gagné l'étape contre la montre, de résister seul à la cohorte des profes­sionnels pourtant très solidaires et où l'on comptait des noms tels que Jean Branckart, Albert Bouvet, Jean Stablinski ou Attilio Redolfi, deuxième du classement et qui déclara à l'envoyé spécial de Ouest-France :
«Je ne connaissais pas cet Anquetil mais ce qu'il a réaliser seul un très grand champion pouvait le faire. Ce garçon ira loin. »
Paroles prémonitoires. Quelques semaines plus tard, lors de la finale du Maillot de Normandie, Jacques réalisait, sur 122 km contre la montre, une moyenne de 42,052 km/h ! Un exploit effarant pour l'époque, Claude Le Ber, deuxième, terminant à plus de neuf minutes, et qui fit les titres de toutes les rubriques sportives. L'Equipe écrivant même : « Sur sa performance, Anquetil aurait très certainement battu les plus grandes vedettes internationales. »
Seul à émettre un doute, Louison Bobet qui, interrogé, laissait entendre que cela n'était pas possible et que « sans doute y-a-t-il eu erreur dans le kilométrage. » II faisait amende honorable après le Grand Prix des Nations où Jacques battait tout le monde et approchait de cinq secondes le record de Hugo Koblet !

Entre les deux courses, un autre événement et considérable, était arrivé. Jacques avait signé un contrat avec les cycles La Perle, directeur sportif : Francis Pélissier, pour la somme de 30 000 francs par mois ! Francis, surnommé « Le Sorcier de Bordeaux-Paris », n'avait pas son pareil pour détecter les vrais talents d'avenir et les recherchait surtout dans les brillants rouleurs. A propos, Cyrille Guimard a-t-il usé d'une autre méthode de détection ?
Donc, c'est nanti de l'argument supplémentaire des conseils de Francis que Jacques, le 27 septembre 1953, prend le départ, toujours en qualité d'indépendant, du Grand Prix des Nations dans sa version historique, c'est-à-dire avec un final dans la vallée de Chevreuse. Ses adversaires ont nom Huot, Brun, Coletto, Creton, Blomme, Berton (vainqueur en 48,2e en 50 et 3e en 51), Jean Bobet, Yvon Marrec, Jacques Dupont, etc. Au km 100, dans son style aérodynamique et cette indéfinissable façon de se propulser au paroxysme de l'effort avec élégance que Hugo Koblet avait immortalisée avant lui, Jacques avait déjà relégué très loin ses rivaux les plus menaçants, Creton, un autre Normand et Coletto, l'Italien. Mais, c'est dans la vallée de Chevreuse, là où justement les augures pensaient le voir fléchir, qu'il démontrait sans conteste, le champion qu'il allait devenir. Il y écrasait littéralement tout le monde avec une aisance frôlant l'insolence. Au Parc des Princes, Creton accusait 6'41" de retard, Coletto 7'45" et Jean Brun, classé dernier, accusait la bagatelle de 24'40" de débours. Les radios reporters et les téléreporters d'une télévision elle aussi en devenir, cherchaient les adjectifs. Jacques les renvoyait à une réalité moins prosaïque en ne faisant qu'un commentaire :
« Je marchais bien et comment pourrais-je ne pas être content d'avoir gagné. Mais je marchais mieux encore dans la finale du maillot Paris-Normandie. »
Propos qu'il renouvellera tout au long de sa carrière en assurant que ce fut là le meilleur contre la montre qu'il réalisa ! Francis Pélissier quant à lui se contentait de sourire. Il savait qu'il avait déniché l’« oiseau rare », celui qui marque une génération et entre dans l'histoire. 

Il confirmait d'ailleurs ces étonnantes dispositions un mois plus tard en terre tessinoise pour le Grand Prix de Lugano, épreuve qu'aucun Français n'avait encore jamais pu enlever. Il y triompha avec 1’29" d'avance sur l'Italien Pasquale Fornara et se voyait porté en triomphe par des « Tifosi » sublimés par sa performance. Pour eux plus que pour les Français d'ailleurs, un champion était né. Désormais, les organisateurs s'arrachèrent le nouveau champion. 
Anquetil fut engagé dans le Trophée Baracchi (104 km, par équipe contre la montre sur Bergame-Milan) et il eut Antonin Rolland pour équipier. Le bon Tonin s'était préparé de son mieux, poussant même les scru­pules à venir sur place quinze jours à l'avance. Il épaula Jacques de son mieux mais, dans la roue du jeune phénomène, la course devint bientôt pour lui un terrible calvaire.
« Jacques m'a assassiné, disait-il après l'arrivée. C'est le plus formidable routeur que j'aie jamais vu. Je l'ai relayé pendant les 30 premiers kilomètres. Ensuite, je n'ai jamais pu passer... Et pourtant, je marchais bien. »
Anquetil-Rolland durent se contenter de la deuxième place derrière l'extraordinaire équipe que formaient alors Coppi et Filippi. Mais ils précédaient Astrua-Defilippis. Et leur performance fut considérée comme un authentique exploit.
La presse transalpine ne ménagea pas ses louanges à nos compatriotes et l'on pouvait lire par exemple ce commentaire flatteur dans la Gazetia dello Sport :
«Anquetil a justifié toutes ses promesses. Ce beau pédaleur, que le public a sincèrement admiré dans la dure épreuve pour laquelle toute la presse sportive avait été mobilisée à Bergame a confirmé ses magnifiques courses précédentes grâce à une performance très brillante. Il n'a pas reçu de son équipier Rolland toute l'aide dont il aurait eu besoin pour se défendre contre les deux champions du monde. Cependant, il a pu soutenir la comparaison et se montrer le meilleur de tous les autres concurrents, hormis Coppi et Filippi. » ...
 Ou bien encore ces lignes dans Stadio : «La performance d'Anqueti let d'Antonin Rolland, dignes deuxièmes derrière deux si grands vainqueurs, fut d'un niveau très relevé. Le très jeune Anquetil est vraiment un spécialiste. S'il devait montrer autant de valeur dans les courses en ligne, les Italiens auront à brève échéance un adversaire peut-être imbattable. » ... 
Et enfin ce titre particulièrement prometteur :
« La France prépare un rival pour Fausto Coppi : le très jeune Normand Jacques Anquetil qui menace de supplanter Louison Bobet... »

Une phrase qui prend aujourd'hui toute sa signification... En 1954, à vingt ans, Jacques devenait professionnel à part entière sous la férule de Francis Pélissier chez la prestigieuse maison La Perle. Sa première course, il l'a disputa à l'occasion du Grand Prix de L'Echo d'Alger et sa sixième place suscita nombre de commentaires, tous autour d'une même idée simple : « Ce formidable rouleur est-il capable de s'imposer de la même façon dans les courses en ligne ?»
Dans Paris-Nice, où il gagna le contre la montre entre Cannes et Nice par la route de l'Esterel, on nota surtout que le succès lui avait été âprement contesté par Raymond Impanis et Francis Anastasi et qu'il n'avait pu creuser un écart décisif. Ce à quoi Pélissier rétorquait fort justement :
«Laissez-le s'adapter à une autre manière de courir à une vie très particulière qui est celle des coureurs professionnels. Cette victoire contre la montre, il l'a arrachée en mettant une dent de plus que tous les autres. Et la supériorité du champion a toujours résidé dans sa faculté à pouvoir tirer une dent de plus que les autres ! »
Dans les classiques, il se comporta très honorablement mais sans jamais pouvoir mener à bien cette échappée en solitaire dont tous les spécialistes le croyaient pourtant capable. C'est Francis Pélissier qui, une fois encore, possédait une réponse pertinente et adaptée : « Jacques n'a que vingt ans. Son avenir est devant lui et pour l'instant, il situe très exactement la différence qui existe entre une épreuve en ligne et un contre la montre, deux efforts qui n'exigent pas, mais alors pas du tout, le même « coup de pédale ». Dans un cas, il faut « tirer grand » et enrouler, dans l'autre avoir du punch et un sens aigu de l'opportunité. »
Ce débat restera d'ailleurs posé quasiment tout au long de la carrière du Normand. On ne cessera de le comparer à une voiture d'énorme cylin­drée, nantie d'une inégalable surmultipliée, mais manquant par trop de reprise. Un débat quelque peu faussé par le désintérêt patent que Jacques ne cessa de porter à ce type d'épreuves dont son éloquent palmarès est par trop démuni. Encore que l'on puisse affirmer que le désintérêt était la conséquence de ses aptitudes. Et « lycée de Ver­sailles » comme aurait dit Coluche. Ce n'est pas un débat mais une vis sans fin et le poser c'est déjà le clore !
Tout juste si l'on peut y ajouter cette appréciation de son grand copain André Darrigade qui, en 1960, déclarait :
« Jacques ne nous sort pas des roues mais il nous assas­sine progressivement. Lorsqu'on veut s'accrocher, on a l'impression de rendre l'âme. »
Une impression que ressentirent tous les engagés du Tour de l'Ouest de cette année 54, la première grande course par étapes à laquelle il participa. S'il ne gagna aucune étape et se contenta d'une modeste dixième place terminale, il abattit un travail de titan, comblant des écarts impressionnants en prenant la tête du peloton derrière des groupes d'échappés et impressionna grandement par son extraordi­naire puissance. 

Impression qu'il confirmait quelques semaines plus tard au championnat du monde disputé à Solingen en République Fédérale d'Allemagne et où la fantastique victoire de Louison Bobet, déjà vainqueur quelques semaines auparavant de son deuxième Tour de France, éclipsa quelque peu l'exploit du Normand, cinquième. Cela après s'être offert le luxe de lâcher, et à la régulière un certain Fausto Coppi !
En dépit de deux chutes et sous des conditions atmosphériques apocalyptiques, Jacques avait montré autre chose qu'on voulait ici lui contester : le courage. Le vrai. Le grand. Celui sans qui les dons, même les plus grands, ne sont que fugitifs et non avenus.
Cet épanouissement, il devait naturellement le confirmer dans le Grand Prix des Nations où, cette fois, inquiété par Jean Branckart, il parcou­rait les 140km à plus de 39km/h (39,898 exactement), battant du même coup le record de Koblet de plus d'une minute. A Lugano, il faisait de même ne s'offrant pour les saisons à venir qu'un seul adver­saire : lui-même ! Un adversaire qu'il tint presque toujours à surpasser car il est notable que dans les douze années qui suivirent, il ne cessa d'améliorer ses temps que ce soit dans les Nations, à Genève ou à Lugano.
Avec le recul, il paraît bien injuste de l'avoir à cette époque, voire tout au long de sa carrière, accablé du reproche de se laisser par trop aller à la facilité. On ne réalise pas des exploits à répétition et sur une si longue durée, sans préparer ce type de rendez-vous avec la plus extrême minutie et avec le plus grand sérieux. Mais Jacques avait un côté fantasque, le goût du canular et il faisait autour de ses rares écarts tant de publicité qu'ils ont fait sa légende et sont demeurés. Tenez, par exemple, l'histoire d'Anquetil buvant du Champagne pendant les Tours de France qu'il disputait ! Voilà qui a la dent dure et a résisté ; les jeunes cyclistes en parlent encore aujourd'hui comme d'une vérité absolue ! Une vérité qui pourtant est ailleurs. Une fois dans le Tour, en s'arran­geant pour que ses adversaires le sachent : c'est ça l'intox, il débouchait une demi-bouteille du breuvage cher à Dom Pérignon. Et quand cela n'était pas pour démoraliser ses adversaires principaux, c'était bonne­ment parce qu'il jugeait cela bon pour son moral. Mais c'était excep­tionnel, rare, en aucun cas systématique ! Reste qu'il lui arrivait de prêter le flanc et en cette année de début parmi l'élite, il reçut une « bonne leçon » de la part de son ombrageux aîné, c'est-à-dire Louison Bobet. Retenu pour disputer à ses côtés le Trophée Barrachi, il rallia Bergame au matin de l'épreuve après avoir roulé toute la nuit en voiture. Bobet lui, avec la rigueur qui était sa marque, était arrivé à pied-d'œuvre quatre jours avant et s'était entraîné durement sur le parcours. L'après-midi, Louison fut éblouissant et Jacques, l'ombre de lui-même. Ce fut l'aîné, et non le « vieux » comme on se plut à l'écrire alors, qui tira littéralement le jeune dans toute la seconde moitié du parcours. Il ne semble pas faire de doute que si le Normand avait été à la hauteur, le duo français aurait battu les réputés imbatta­bles Coppi et Filippi. Ils se contentèrent, Louison non sans colère légitime, de la deuxième place, à 1'26" des vainqueurs qui avaient quant à eux pulvérisé la moyenne record de la course en la portant au-delà des 46 km/h (46,142) du jamais vu alors !
Cette leçon, Jacques devait la méditer et ne jamais l'oublier. Désormais l'exactitude allait être son lot. Pour ce qui en valait vraiment la peine à ses yeux s'entend.
Et la peine, jusqu'en 1957, il allait surtout la consacrer à tout ce qui était combat contre le temps :
« J'ai le temps ne cessait-il d'affirmer. Je ne viendrai au Tour de France que lorsque je me sentirai vraiment prêt. C'est-à-dire avec les meilleures chances de l'emporter. »
En début de saison 55, juste après son incorporation au bataillon de Joinville, dans le malheureusement défunt Tour des Pro­vinces du Sud-Est, dans l'étape Annecy-Gap, Jacques attaqua dans la dure côte de Laffrey. Il anima quasiment l'échappée et seul Charly Gaul put l'accompagner dans le dernier col mais devant s'incliner au sprint à l'arrivée. Pour un exploit, c'était un exploit. La presse le bouda. Seul « Le Grand », c'est-à-dire Francis Pélissier déclara à Pierre Chany, l'envoyé spécial de L'Equipe :
« Ce jour-là, il m'est apparu sous un jour nouveau et j'ai vraiment su qu'il était un futur vainqueur du Tour de France. »

RECORDS de l'HEURE

En ces temps de guerre d'Algérie, le service militaire, même et y compris pour les sportifs de haut niveau, n'était qu'aménagé. Pour le moral des troupes, on ne pouvait pas trop les privilégier. Des conditions qui gênèrent indiscutablement l'ascension du Normand et expliquent son auto-limitation dans ses objectifs. Bien sûr, il eut tout loisir de préparer les Nations et le Grand Prix de Genève qu'il gagna haut la main mais pas celui de préparer dans les meilleures conditions le projet formé et annoncé en début de saison et qui consistait en une tentative contre le record de l'heure de Fausto Coppi qu'il était le seul, à priori, à avoir toutes les chances de le battre. Les pourparlers avec les autorités militaires pour obtenir une autorisation de sortie du territoire n'allèrent pas sans difficulté. Il leur força même quelque peu la main en annon­çant par voie de presse qu'en la circonstance et en cas de réussite, il ferait don de tous ses gains à des œuvres charitables. La Défense nationale lui signa un ordre de mission et le bataillon de Joinville lui accorda, royalement, une permission de dix jours. Le 22 novembre, il se mettait en piste sur le légendaire Vigorelli de Milan. Avec 45,175 km, il échouait contre Coppi mais cet échec conte­nait toutes les promesses d'une réussite future. Tout avait été contre lui. Des conditions atmosphériques qui, sans être désastreuses, n'en étaient pas moins idéales. Néanmoins elles l'avaient contraint, sur le bord de la piste, à une longue et éprouvante attente et l'avaient privé de beaucoup d'influx. Surtout, ignorant de la façon dont il fallait doser les efforts, il était parti beaucoup trop vite pour s'asphyxier ensuite contre le vent. Bref, comme aurait dit Jacques Brel, qui débutait en cet automne en vedette américaine aux Trois Baudets : « Ce n'était pas Waterloo, mais ce n'était pas Arcole ! ».
Et ceux qui le désiraient abattu par ce premier échec en furent pour leurs frais. Simplement, il se contenta de déclarer : « Je reviendrai, c'est certain. J'ai appris qu'une tentative de ce type ne s'improvise en rien mais qu'elle se prépare avec la plus grande des minuties, j'y consacrerai ma prochaine saison. » 
Toujours militaire, il tint parole et on ne le vit qu'occasionnellement sur la route pendant tout le début de saison 56. Avec l'appoint de Julien Prunier, un spécialiste du record, il s'employa à se préparer et à prépa­rer un matériel on ne peut plus adapté. En somme, à l'inverse d'Eddy Merckx par la suite qui improvisa par trop même s'il approcha les 50 km, il ouvrit la voie à Francesco Moser qui lui sacrifia tout à l'établissement de ses performances historiques. Bref, Jacques avait fixé sa tentative pour le début de l'été et, le 26 juin, il se mettait une première fois en piste.
Malheureusement, il partit beaucoup trop vite et comprenant son erreur, il abandonna. Mais, avant de descendre, il battit au passage le record des 20 km (25'57" 1 / 5) et celui de la demi-heure (23,047 km). Il était un peu déçu, mais nullement découragé. Il se remit en piste le 30 juin. La température était tiède et il n'y avait pas un souffle de vent. Notre compatriote évoluait cette fois dans une ambiance nouvelle. Il abordait cette troisième épreuve décisive avec sévérité et déclarait : « Je réussis aujourd'hui ou jamais. » 
II avait assi­milé ses erreurs passées et il s'imposait une consigne impérieuse : res­pecter scrupuleusement les ordres de la cloche et ne prendre aucune avance sur le tableau de marche durant quarante-cinq minutes. Une tolérance de 2 secondes lui permettait un « battement » de 26 mètres, délimité par deux drapeaux plantés au bord de la piste, à une distance de 12 mètres de part et d'autre de la ligne. Jacques devait se trouver dans cet étroit couloir au coup de cloche. Il devait surtout freiner son ardeur et conserver ses réserves pour les dix dernières minutes. Durant trois-quarts d'heure, il roula d'une allure aisée. Son coup de pédale baignait dans l'huile. Il se déchaîna seulement au 80e tour, c'est-à-dire au 32e kilomètre, lorsque Daniel Dousset lui donna l'ordre de « partir ». Frais, intact, il fit immédiatement la différence et augmen­ta son avance à chaque tour pour atteindre finalement 46,159 km.
Le record de Coppi était battu de 361 mètres !
Pour réaliser ce chef-d'œuvre, Anquetil utilisait un vélo de 6 kg allégé au maximum, mais rigide, muni de roues de 36 rayons et de boyaux de 110 grammes.
La presse italienne fut délirante.
« Ainsi, écrivait Giuseppe Ambrosini dans la « Gazzetta dello Sport », même le record de Coppi s'est écroulé. Même si, comme Halicus, nous regrettons qu'à notre cyclisme un si grand titre de supériorité ait été arraché, comme sportifs et comme hommes nous devons tous nous réjouir de cette nouvelle conquête humaine due à un athlète de l'immor­telle souche latine, de cette glorieuse France cycliste. »
«Anquetil est un grand champion, non pas un campionissimo, remar­quait le chroniqueur du Carrière d’informazione, mais un coureur intelligent, un garçon qui sait courir ; sa victoire est celle de la classe et de l'intelligence. Le sport est en train de dépasser les limites imposées par la seule force musculaire. Anquetil honore le sport au-dessus de tout sentiment de nationalité... »
Et Stadio titrait :
« Jacques le Petit Caporal a gagné la Campagne d'Italie... Anquetil a dépassé ce que l'on croyait être l'impossible... Nous sommes à la mesure de la légende, une légende qui, aujourd'hui, porte le nom d'un jeune coureur venu parmi nous pour tenter le plus grand exploit de sa vie et qui retourne dans sa patrie avec un triomphe dont les échos se répercu­teront dans l'avenir. »
« Exploit formidable, conclut Il Giorno. Le Français a défoncé le mur du son cycliste en dépassant le premier dans le monde la limite des 46 kilomètres. »
Mais ce fameux record de l'heure que l'on avait cru longtemps inacces­sible n'était-il pas trompeur? Quatre-vingt jours après l'exploit de Jacques Anquetil, un autre phénomène, l'Italien Baldini, couvrait 234 mètres de plus que le Normand. Il portait le record à 46,394 km. Notre Normand accusa naturellement le coup. Mais avec la bonhommie qui était déjà la sienne et une connaissance incroyable pour un aussi jeune homme des choses du cyclisme, il se contenta de déclarer : 
« Je situe mon plafond actuel à un peu plus de 46,500 km. Mais Baldini vaut aussi beaucoup mieux que ce qu'il a réalisé. Si je battais ce record maintenant, il se mettrait aussitôt en piste et me battrait. Ne lui don­nons donc pas l'occasion de le faire et attendons patiemment qu'il se consacre plus à la route et perde de la souplesse dans le coup de pédale. L'essentiel pour moi après tout c'est d'avoir été le premier à battre Fausto Coppi. Mais soyez tout de même certain que je reviendrais un jour prochain !».
Tout dépend de l'idée que l'on a de la notion du temps ! En réalité, Jacques attendit plus de dix années pour se remettre en piste. Il est vrai qu'entre temps un autre phénomène s'était amusé à porter le record très au-delà des 47 km. Il s'appelait Roger Rivière. C'est précisément en 1967, le 27 septembre, qu'il revint, alors qu'il était placé sous la direc­tion de Raphaël Géminiani et que l'étoile d'un certain Eddy Merckx commençait à monter au firmament qu'il revint au Vigorelli. Il y réalisa 47,493 km, record battu. Battu mais jamais homologué puisqu'il refusa de se soumettre aux obligations du contrôle anti-dopage, nouvellement institué. Une drôle d'histoire pour une histoire qui précisément entraî­nerait un si long débat qu'elle n'a vraiment pas lieu d'être posée ici. Mais revenons dans la chronologie de ces années qui méritent le plus de détails justement parce qu'elles sont les moins connues ou les plus oubliées. N'est-ce pas Montaigne qui déjà affirmait :
« On ne retient que la seule gloire, jamais ce gui la précède ou bien lui succède. »

TOUR de FRANCE

Après son record de l'heure donc, Jacques s'adjugea encore, — cela en devient presque banal et pourtant ? — le Grand Prix des Nations et celui de Genève. Cela juste avant de partir pour un séjour en Algérie dont il ne rentra qu'au mois de mars 1957 pour être démobilisé. Jeté le paquetage et l'ennui mais pas les quelques sept kilogrammes d'excédent de poids qu'il allait falloir perdre au plus vite. « La Perle » ayant renoncée à la compétition, c'est avec les cycles Helyett et la maison Potin et sous la férule de Mickey Wiégant qu'il allait s'y attacher pour passer, selon ses dires « à d'autres objectifs », mais sans préciser les­quels. Objectifs confiés, on l'a su depuis, au seul André Darrigade, son copain, qui avait lui aussi signé pour le même groupe et cela dans la seule fin d'être à ses côtés.
Desseins que l'on pouvait tout aisément deviner quand, dès le mois d'avril il gagnait une première fois la « Course au soleil » entre Paris et Nice. Cela en ayant assez nettement dominé Louison Bobet dans l'étape  contre la montre et maîtrisé avec une rare intelligence et maestria, les velléités de Josef Planckaert, deuxième au général, et qui, Flandrien obstiné, avait tenu à lutter jusqu'au bout. Il semblait aller de soi que Jacques voulait enfin s'aligner sur le Tour de France, la seule épreuve qui consacre vraiment un champion cycliste. Il laissa tout de même planer le suspens de sa participation. En réalité, elle était suspendue à la décision de Louison Bobet avec qui il ne voulait pas faire équipe, fusse dans celle de France. Pour défendre réellement ses chances, il jugeait, épaulé en cela par Darrigade, préférable de se retrouver au sein d'une équipe régionale, selon la formule, et la meilleure, des Tours d'alors. En naquit une polémique bien vaine et bien inutile sur une antipathie opposant les deux champions français d'alors. Et que la presse entretint longtemps en dépit des dénégations des deux intéressés. Louison Bobet eût beau déclarer à Miroir-Sprint en ce printemps 57 : 
« On nous dresse l'un contre l'autre. Il paraît que pour la bonne marche des affaires cyclistes, c'est mieux. Je m'élève contre cet état de choses car j'ai beaucoup d'estime pour Jacques que je considère comme un grand, un très grand champion. Je suis au contraire très heureux de sa montée, car elle apporte les possibilités de la plus saine des émulations. J'ai moi-même trop souffert, à mes débuts, de la jalousie de champions vieillissants pour agir aujourd'hui comme eux. »
Vaines paroles puisqu'on ne cessa de les opposer, confondant rivalité et incidents normaux, fussent-ils verbaux, de courses, comme la preuve d'une haine tenace. La vérité est que les deux hommes, carrières ache­vées, se rencontraient rarement mais quand ils prenaient le temps de le faire, c'est qu'ils l'avaient provoqué parce qu'ils s'estimaient. Il fallait que cela soit dit quand une tragique coïncidence du destin les font céder, à quatre années d'intervalle, devant le même mal, aussi terrible qu'injuste, et qui se dénomme cancer.
Pour cette année 1957, les choses s'arrangèrent d'ailleurs d'elles-mêmes. A l'issue du Tour d'Italie que Bobet acheva en deuxième position derrière Nencini et qui souleva une polémique non encore achevée. Il semble acquis que seule la mansuétude (pour employer un mot faible) des chronométreurs dans la dernière étape où pourtant Bobet avait attaqué et était entré bien avant les 11 " qui le séparaient de l'Italien, le priva de la victoire. Louison préféra renoncer au Tour de France. C'est donc par la grande porte de l'équipe de France, sous le maillot bleu, blanc et rouge, que Jacques, avec autour de lui son copain « Dédé » Darrigade et une équipe à ossature de sa marque, fit son entrée dans la Grande Boucle. Et quelle entrée !
Le Tour partait de Nantes dans un été caniculaire.
Le goudron collait aux boyaux ce qui doublait l'effort de chaque pédalée. Marcel Bidot conseillait à son leader de vingt trois ans d'être patient. Pourtant, le troisième jour, l'arrivée se déroulant chez lui à Rouen, il s'insérait dans une échappée de onze coureurs et gagnait au sprint devant Gay, Nencini, Bahamontes, sept minutes devant le pelo­ton. Un bon coup ! Et qui décida d'une tactique des plus simples pour le Normand : s'accorder dans ce « Tour crématoire » des temps de repos en faisant contrôler la course par son équipe qui, extrêmement motivée, « marchait le tonnerre » et profiter des ouvertures pour forcer les évé­nements, prendre un temps suffisant pour compenser d'éventuelles pertes en haute montagne et arriver ainsi à l'étape de « vérité », à deux jours de Paris dans la position de faire l'ultime décision. Ce fût fait et au-delà des propres espérances de Jacques. Dans un deuxième temps, entre Roubaix et Charleroi, une attaque dès la fron­tière belge de Gilbert Bauvin l'entraînant dans son sillage, ne fût pas prise au sérieux par le peloton. Quelle erreur ! Conjuguant leurs efforts à la perfection, ils allaient au bout où le Lorrain gagnait tandis que Jacques enfilait son premier maillot jaune. Dès lors, l'adversaire étant atteint dans sa confiance, l'équipe de France effectuait un « véritable numéro ». Gagnant étape sur étape, les tricolores se partagèrent égale­ment le maillot qui échoua sur les épaules de Darrigade, passa sur celles de Jean Forestier avant de revenir, et légitimement, sur celles d'Anquetil. Un Jacques qui, mis en difficulté dans les Vosges entre Metz et Colmar et ne sauvant les meubles qu'au prix d'un surpassement héroï­que, contre-attaquait deux jours plus tard vers Thonon-les-Bains, où il réglait une échappée qu'il avait conçue et animée et dix minutes devant le peloton.
Dès lors, ne se connaissant pas assez, ne sachant pas quelle était sa résistance à la répétition d'efforts en haute montagne, il laissa la bride un peu lâche à ses rivaux, notamment à l'Italien Gastone Nencini, meilleur grimpeur de l'édition, mais en restant toujours à distance contrôlée, en prenant le parti de ne consentir que les efforts suffisants à la victoire finale. On parla naturellement de manque de panache ! Comme si la victoire à Paris n'était pas l'essentiel ? Comme si remettre son capital chaque jour sur le tapis dans un baccarat suicidaire relevait de l'intelligence ? Le démenti aux détracteurs vint d'ailleurs dans les Pyrénées où, défaillant dans l'Aubisque, distancé par Janssens et Nen­cini, Jacques dût puiser dans ses dernières ressources pour sauver l'essentiel. Et si ce jour-là les forces lui avaient manqué, qu'auraient dit ses détracteurs ? « Qu'il courait comme un con », affirme Raphaël Géminiani au langage d'une grande clarté à défaut d'être châtié. Autant que par son courage ce jour-là, Jacques stupéfiait en déclarant à l'arrivée :
« J'étais dans un grand jour... Sinon, j'aurais fini dans la voiture-balai!»
Restait le contre la montre entre Bordeaux et Libourne et là Jacques ne fit pas dans la dentelle. Il laissait son meilleur adversaire, Marcel Janssens à 4'42", ce qui portait son avantage définitif à plus de 14'. C'était fait et bien fait. Il n'était plus « l'homme avec un chronomètre » mais un coureur complet, un champion, un vainqueur du Tour, un homme prêt à succéder aux Bartali, Coppi, Koblet, Kubler et autre Bobet. C'est ce que la presse chantait sur les trois couleurs, allegretto et chauvinissimo ; un concert de louanges qui ne choquait personne, sauf l'intéressé ! Pour bien comprendre Jacques Anquetil, mesurer son or­gueil autant que sa modestie (mais oui !), il faut savoir qu'après cette victoire, il déclara à André Boucher, son bon maître de Sotteville : «Je n'étais pas prêt à affronter une telle épreuve. Il me faut encore apprendre et être prudent si je veux effectuer une grande et longue carrière. »

Quelle sagesse ! Qui explique d'ailleurs le comportement, à priori déce­vant des années qui allaient suivre : l'abandon dans le Tour 58 remporté par Gaul, la troisième place dans celui de 59 enlevé par Bahamontès et le non-départ en 1960, cette édition gagnée par Nencini mais marquée surtout par le terrible et définitif accident survenu à Roger Rivière. Pour ne pas brûler ses cartouches, pour se donner les moyens physiques et tactiques d'un palmarès digne des plus « Grands », Jacques allait attendre patiemment son heure. Ce qui n'alla pas sans critiques ni incompréhensions. Le public voulait et tout de suite un successeur à Louison Bobet, oubliant comme par enchantement, que le Breton justement n'avait connu les grandes consécrations qu'une fois la tren­taine venue, pour les succès dans le Tour s'entend ! Cette prudence jugée excessive et passant même pour une certaine forme de manque de courage, voire carrément de lâcheté, explique en partie l'absence d'unanimité autour de son nom tout au long de sa carrière. Ce qui au fond est bien moins grave qu'on ne l'a cru et écrit. Avoir les « jusqu'auboutistes avec soi » n'ayant jamais été la marque, dans quel que domaine que ce soit, de ceux qui sont entrés dans l'histoire !
Trois années qui, sans victoire dans le Tour de France, ne furent pas blanches pour autant. Jacques gagna le Grand Prix de Lugano ces trois années là, les Nations en 59, les Quatre Jours de Dunkerque en 58 et 59, mais surtout, il fût, en 1960, le premier Français à inscrire son nom au palmarès du Giro ! Une victoire fameuse dans une course animée par les attaques incessantes de Rik Van Looy, équipé par la firme italienne Faema, et de Gastone Nencini, peintre du dimanche et fumeur invétéré, mais aussi escaladeur brillant, rouleur plus qu'honorable et d'une résistance et d'un courage qui en faisait un homme des grands tours, ce qu'il allait démontrer un mois plus tard en gagnant celui de France. Tour sur lequel Jacques avait décidé de faire l'impasse mais en promet­tant d'y revenir, et pour gagner, en 61 ! « Un très grand Giro » titrait la Stampa après la victoire historique du Normand. Au moins, Jacques Anquetil était-il prophète en un pays voisin !

En 1961, s'ouvrait l'ère Anquetil !

Et cela dans le Tour de France qui était son grand objectif et pour lequel il avait pratiquement fait l'impasse sur tout le début de saison — encore qu'il ait un peu malgré lui enlevé Paris-Nice puis le Critérium National. Ne gardant ses forces et ses ambitions que pour entreprendre, à dis­tance, la seule course qui désormais le motivait et l'intéressait : rejoin­dre dans un premier temps le Belge Philippe Thys et Louison Bobet, tous deux trois fois lauréats de la Grande Boucle, puis de les dépasser au moins une fois. Objectif qu'il n'avouait naturellement que dans le strict privé ne fixant au public et à ses adversaires qu'un seul rendez-vous : le départ à Rouen et, naturellement, l'arrivée à Paris de l'édition 1961!
En vingt et une étapes, Jacques allait commencer à bâtir une autre de ses légendes : celle de l'exactitude aux rendez-vous qu'il fixait. La cote en sa faveur souffrait pourtant de fortes restrictions. Sa deuxième place dans le Giro derrière Pambianco mettait le sélection­neur Marcel Bidot dans une position inconfortable, celui-ci, toujours prudent, ayant même envisagé un moment d'inclure Raymond Poulidor, l'étoile montante dans le cœur des Français et dans celui du vélo aussi puisqu'il avait enlevé Milan-San Remo. Ce qu'Anquetil récusa sans ambiguïté. Cela surtout parce qu'Antonin Magne avait déclaré :
« Pas question pour Raymond de se mettre au service de Jacques.»
Le refus ne venait au fond pas de lui et la sagesse était bien dans le clan d'Anquetil qui ne voulait plus voir, comme en 58 et 59, une équipe de France tiraillée entre différents leaders et battue par ses dissensions internes autant que par l'adversité. Marcel Bidot se rangea aux argu­ments les plus convaincants, ceux de Jacques. Lequel, curieux phéno­mène, se trouva chargé du mal qui répand la terreur : celui de traiter Poulidor tel un malade de la peste. Le duel Anquetil-Poulidor, celui qui allait couper la France en deux, commençait. Dans les médias et dans les conversations de cafés du commerce. Sur le terrain, pas de pro­blème. Jacques Anquetil gagnait son deuxième Tour de France avec l'aide d'une équipe dominatrice à qui le seul maillot du meilleur grim­peur échappait. L'incroyable, c'est que cela suscita des restrictions, des polémiques. On reprocha à Anquetil d'avoir bloqué la course, donc de lui avoir ôté de la spectacularité. Il fut même jugé seul responsable de cet état de fait alors qu'à la vérité, il s'était même opposé à cette décision de Marcel Bidot en lui disant :
« Mais on va se faire insulter... » 
Bidot avait tranché :
« Les Italiens l'ont déjà fait, On est là pour gagner, pas pour faire du cinéma. »
Une vérité jamais admise dans les trois années qui allaient suivre et où l'introduction des équipes de marque allait exacerber encore la rivalité entre Anquetil et Poulidor.
Une rivalité que Jacques entretenait d'ailleurs soigneusement. Ce qui lui importait, c'était d'avoir un adversaire à sa hauteur, un qui valorise ses propres succès. Hormis quelques coups de gueule, bien légitimes dans l'énervement d'une fin de course, la vérité, celle incontournable, oblige à constater que les deux comparses étaient le plus souvent compères et qu'ils entretenaient des rapports empreints de sympathie à défaut d'amitié et de respect mutuel. Ils déjeunaient ou dînaient souvent ensemble. Effectuaient des trajets dans la même voiture pour des courses à l'étranger. On peut même dire que ce n'est qu'en 1964, alors qu'entre temps, il avait réussi le deuxième doublé de l'histoire après Coppi entre Giro et Tour de France, battu le record de Bobet et Thys en gagnant une quatrième fois le Tour en 63, gagné aussi le Dauphiné et d'autres Paris-Nice, des Nations et bien sûr des Grands Prix contre la montre à Forli, Genève ou Lugano, que Jacques se préoccupa sur le terrain de sa rivalité avec « Poupou ». Là, il fut véritablement inquiété par le Limousin au plan de la victoire. Ce fut un Tour palpitant, avec des rebondissements incessants, des incidents invraisemblables privant Raymond du bénéfice de belles attaques notamment à Monaco où ce fût Jacques qui gagna l'étape au prix d'une poursuite où il montra une énergie et un courage dont on s'obstinait à le croire incapable. Le premier événement se situa dans les Pyrénées, à Luchon très exacte­ment. Non parce que Poulidor y gagna l'étape en devançant l'Espagnol Gabica de 1 09" et Jacques de 1 '16" mais parce que ce dernier déclara devant les caméras de la télévision, en direct, juste en descendant de machine :
« II en a dans le ventre. »
C'était la première fois que Jacques consentait un compliment public à son adversaire. Mais ce n'était qu'un prélude. L'inoubliable, l'extraor­dinaire, on allait le voir sur les pentes du puy de Dôme ! Les deux communautés irréconciliables : anquetilistes et poulidoristes faisaient déjà battre les records de vente des journaux et magazines spécialisés, ils allaient faire en sorte qu'au lendemain de l'ascension, tous les directeurs des ventes se fassent tirer les oreilles pour n'avoir pas prévu de tirer assez de papier.
Le 12 juillet 1964, sur cette longue pente présentant un final avec des pourcentages à plus de 13 %, les maillots violet de Raymond et jaune de Jacques allaient laisser la France sans souffle, sans voix, ahurie et exaltée. Un mano à mano que n'aurait pas renié Hitchcock, Jacques côté montagne, Raymond côté gouffre. Deux roues sur exactement la même ligne pendant des kilomètres, chacun cherchant à impressionner l'autre, voire à le bluffer, sans qu'aucun ne cède d'un centimètre. Et, soudain, à moins de deux kilomètres du sommet vers lequel les précède le grimpeur espagnol Jimenez, Anquetil perd un mètre, puis deux. Son visage est devenu exsangue, albâtre et une mauvaise sueur lui dégouline du front et des tempes. Poulidor ne le voit pas, ne se retourne pas mais il sent qu'il est en train de faire la décision. Subjugué, il pousse son effort au paroxysme, en appelle à ses dernières forces pour forcer la décision et gagner enfin ce Tour qui ne se plaît qu'à le fuir et par la grâce d'un homme et d'un seul : Jacques Anquetil. Au sommet, Raymond précède Jacques de 42" et n'a plus que 14" de retard au général. Ce dernier s'est quasiment évanoui tant il a laissé d'énergie dans la préservation de son maillot de leader. Quand il retrouve une respiration normale, plusieurs minutes après, il déclare rageusement :
« Si Raymond avait pris le maillot, je rentrais à la maison tout de suite!»
Un hommage plus subtil, plus déguisé aussi, mais sans doute encore plus vibrant que celui de Luchon.
Le final, avec pour la première fois, une retransmission intégrale, eût lieu contre la montre entre Versailles et Paris. Un duel épique encore et dans une chaleur étouffante. Un duel d'influence à distance et que Poulidor pouvait encore enlever au sommet de la côte des Gardes où il n'avait concédé que cinq secondes à son rival. Tout bascula dans la descente sur la capitale. Là, usant d'un braquet démentiel, Jacques réalisait l'un des plus grands exploits d'une carrière qui en est pourtant jalonnée. Allant là où seuls savent aller les plus grands, c'est-à-dire au-delà de lui-même, il grapillait vingt et une secondes supplémentaires et gagnait son cinquième Tour de France avec 55" malheureuses se­condes d'avantage.
Raphaël Géminiani tirait la seule conclusion objective de ce combat de géants :
« Jacques se révèle et se surpasse encore plus dans l'adversitéDe ma vie, je n'ai rencontré un coureur aussi courageux, d'un courage qui défie l'imagination mais qui passe le plus souvent inaperçu tant son style garde sa perfection. »
Des mots que n'entendirent pas les supporters des deux hommes. Les clans restèrent aussi marqués, aussi différents et distincts, aussi irréduc­tibles dans leurs conclusions. Les « poulidoristes » cherchant dans la malchance de leur idole la seule explication de sa défaite, les « anquetilistes » se voyant confortés dans leurs certitudes. Avec le recul, on serait tenté de donner raison à 100 % au camp des victorieux. Enlevons leur un léger pourcentage pour plus de quant-à-soi et de justice. Disons que sans léser l'un ou l'autre des protagonistes, il y avait un grand champion et un super-champion, que les deux étaient louables et honorables et qu'une conception avant-gardiste de la morale aurait voulu que l'on respecte avec plus de tolérance leur « cohabitation ». Les faits et seulement les faits restent. C'est ce que tout étudiant apprend de ses maîtres qui lui rabâchent cette phrase de Racine :
«Seule le postérité donne raison. »

LE PALMARES !

C'est ici très vrai. Le palmarès, celui ineffaçable, c'est celui d'Anquetil. Sous des apparences un peu froides, une raideur dans le propos et dans le maintien, il cachait et souvent mal, une sensibilité à fleur de peau, un romantisme d'adolescent. Simplement, il gardait cela pour sa vie personnelle, pour ses rapports avec les autres, y compris ses partenaires du peloton mais en dehors des courses. Là, il était avant tout un professionnel, un vrai, qui faisait son métier avec tout le respect qu'il estimait lui devoir. Un métier qu'il aimait mais dont il mesurait trop l'inhumani­té pour justement le bâcler. Un jour, à Robert Chapatte qui lui deman­dait : «Accepteriez-vous de courir pour une médaille ?»
Il rétorqua sèchement :
« Non ! le vélo est un sport trop dur pour que je puisse courir pour un colifichet. »
Peut-être est-ce trop de professionnalisme qui l'écarta d'une unanimité dans la popularité qu'il aurait pourtant mérité tout autant que Louison Bobet, Eddy Merckx ou Bernard Hinault. Mais vous le savez bien, on ne réécrit pas l'histoire.
Cinq Tours de France, deux Giros et une Vuelta, autant que dans les contre la montre, Jacques avait prouvé sa race, sa classe, son caractère. Restait un domaine, celui des courses en ligne, des « classiques » où il avait encore à démontrer quelque chose. Il s'y essaya quelquefois, mais des mésaventures, notamment une crevaison à quelques kilomètres de l'arrivée dans un Paris-Roubaix qu'il était en passe de remporter, lui firent par trop délaisser la chose. Il signa pourtant deux exploits d'anthologie, le premier dans Liège-Bastogne-Liège en 1966 où il laissa le deuxième, Victor Van Schil à près de cinq minutes. Sur les treize côtes de la Doyenne, de véritables murs éparpillés sur les 256 km du parcours, il éreinta littéralement toute l'opposition avant que de s'envo­ler dans le Mur de Rouquette et creuser un écart quasi-invraisemblable en quarante sept kilomètres. Que de regrets il fit lever ce jour-là. « Ah, s'il avait voulu », entendait-on et lisait-on partout. Mais avec des si... L'affirmation est trop connue pour que l'on s'y attarde et épilogue. Son autre exploit, sorte de pari stupide, mais véritablement d'antholo­gie, il le parapha dans Bordeaux-Paris en 1965. Agacé par la popularité supérieure dont jouissait Raymond Poulidor, irrité et ajuste titre d'être copieusement sifflé au départ de certaines courses il décida, puisque n'ayant pas le Tour de France à son programme, de faire ce que personne avant lui n'avait réussi et n'avait même eu le culot d'entre­prendre. A savoir un doublé Dauphiné Libéré-Bordeaux-Paris, le dé­part de la seconde épreuve n'étant séparé que par douze heures de l'arrivée de la première.
L'idée, à vrai dire, lui avait été soufflée par Raphaël Géminiani, jamais à court d'imagination, et il l'adopta avec d'autant moins de réticence que « Le Grand Fusil » eut un argument des plus inattendus et convain­cants :
« Tu es le Zatopek du vélo » lui dit-il.
Le Tchécoslovaque avait réalisé à Helsinski aux Jeux olympiques un triplé invraisemblable à l'époque : 5 000,10 000 et marathon.
« Toi, tu vas t'imposer dans le Dauphiné en montagne et dans le contre la montre puis tu gagneras le Derby derrière derny. Avec cela, les imaginations seront frappées et le problème Poulidor définitivement réglé. »
C'était vrai pour les premiers termes ? Les imaginations furent frappées mais les « poulidoristes » pas réduits pour autant. Venons-en aux faits. Jacques, dans le Dauphiné, sous des cieux déchaî­nés battit Poulidor en haute montagne après une lutte aussi épuisante que dramatique. Supériorité qu'il confirma contre le temps avant que d'arriver à Avignon, en vainqueur, le 29 mai à 17 heures. Sans prendre la peine de répondre aux interviews, il sauta dans une voiture qui l'emmena, sous la protection des motards de la route, à l'aéroport de Nîmes où un Mystère 20, affrété tout spécialement l'amena à Bordeaux à 20 heures. Dîner, massage, une heure trente de sommeil et à minuit, il était sur la ligne de départ de Bordeaux, au lieu traditionnel des Quatre Pavillons. Après avoir laissé planer bien des inquiétudes, soutenu au moral et au physique par son fidèle Jean Stablinski, il rétablissait dans la Vallée de Chevreuse une situation longtemps compromise par les velléités de François Mahé et Tom Simpson et gagnait à Paris, acclamé par une foule plus dense que pour les précédentes éditions. Ce qui n'était au départ qu'un pari, il l'avait lui, « Maître Jacques », transfor­mé en exploit historique. Il y a des hommes comme cela qui sont des alchimistes mutant en or tout ce qu'ils touchent. Jacques Anquetil était de ceux-là.
De sa carrière, on aura tout dit ou presque. Rien peut-être de sa fin, quand en 1969, il décida d'y mettre un terme alors que de toute évidence, malgré Merckx et les ans, il avait encore quelques courses à gagner et non des moins huppées :
«A quoi me servirait-il de remporter une dixième fois les Nations ? dit-il sans emphase.
« Je n'ai plus rien à prouver, donc je m'en vais. »
 Et il partit discrètement. Avec l'élégance qui était sa marque. Un petit pied de nez tout de même, un dernier. C'est à Anvers, au vélodrome, le 27 décembre 1969 qu'il enfourcha une ultime fois le vélo en compéti­tion. Manière de remercier un public qui l'avait plus soutenu que celui de son propre pays. Il ne s'expliquera jamais de cette décision, disons même de cette malice. Et elle importe au fond assez peu.
Retiré dans la ferme acquise à La Neuville-Champ-d'Oisel, en Nor­mandie bien sûr, il y entamera sa seconde vie. Celle d'un fermier et non d'un gentlemen-farmer comme on l'a dit sans que cela lui plaise beau­coup. Une vie tourmentée elle-aussi et dont il sortait pour assurer des commentaires sur le Tour de France, pour présider à des épreuves ou pour officier en tant que directeur technique auprès de l'équipe de France lors des championnats du monde. Une vie qui ne le satisfaisait peut-être pas autant qu'il l'aurait souhaité mais dont il se gardait naturellement de confier, même à ses amis les plus proches autre choses que des bribes de confidences et encore étaient-elles contradictoires. Après tout, il vivait ce qu'il décidait de vivre et comme sur le vélo, il en combattait les obstacles, ne pouvant d'ailleurs admettre qu'ils ne soient pas dressés là. Le combat, c'était ce qui résume au mieux sa conception d'une vie. D'une vie qui s'est achevée sur une dernière pente au bout d'efforts sublimes et au prix de la souffrance.
Le seul qu'un aussi grand champion que lui ait toujours eu à payer cash.
Henri Quiqueré

L'ALBUM PHOTO



Jean STABLINSKI : "C'était un copain, mais c'était un copain un peu exclusif. Une fois qu'il avait votre amitié, il ne comprenait pas quel'on puisse avoir d'autres relations. Il aurait fallu être célibataire pour le suivre jusqu'au bout."

  Raymond POULIDOR : "Jacques m'a surtout épaté quand il lui arrivait d'être en difficulté. C'est sa volonté, son orgueil de champion qui m'ont rempli d'admiration. J'ai appris à connaitre l'homme, et bien je vous le dis, c'était un grand timide, aussi paradoxal que cela puisse paraitre."

 Jean BOBET : "Toute sa vie, Anquetil a redouté le sbains de foule. Avec le public, il n'a jamais su s'y prendre. Avec les journalistes, au contraire, il a toujours su s'y prendre."

 André Darrigade : "Tu vois Dédé, je regrette aujourd'hui de ne pas t'avoir aidé à gagner plus de courses." Ces paroles me firent un plaisir énorme."


 Raphaël Géminiani : "Entre Jacques et moi il y a toujours u le contact, le courant passait. Ce n'est pas en quelques phrases que je vais pouvoir rassembler tous nos souvenirs."
Felice GIMONDI : "Ce qui est sûr, c'est que sa classe était incommensurable et j'ai admiré son intelligence, sa finesse et sa clairvoyance. Je considère Jacques comme le plus grand champion de son époque."
Eddy MERCKX : "Si je n'ai pas pu me mesurer au Super-Anquetil dans les courses par étapes, j'ai quand même un jour vu à l'oeuvre le tout grand Anquetil dans une classique. C'était dans Liège-Bastogne-Liège 1966. Il y avait véritablement une classe de différence entre lui et nous et pourtant j'avais l'impression que nous marchions bien derrière."

Doublé Dauphiné Libéré / Bordeaux-Paris 1965

 Rik Van Looy : "Il était le plus grand coureur que j'ai rencontré dans ma carrière et j'ai toujours eu pour lui de l'admiration et du respect. C'était non seulement un champion mais encore un homme de classe."